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- Adir Miler
L'ascension d'Adir Miller dans la comédie israélienne Adir Miler est un comédien célèbre pour avoir créé et joué dans la série télévisée Ramzor, qui raconte l'histoire de trois amis et de leur quotidien. Il est également l'acteur principal de Zomet Miler, une émission dans laquelle il incarne son propre rôle. Dans la vidéo YouTube ci-dessous, vous pouvez découvrir des extraits de Ramzor, et dans celle-ci, un extrait de Zomet Miler. La polyvalence et l'impact d'Adir Miller Adir Miler apparaît également dans des publicités, comme en témoigne (cette publicité) pour Maccabi (services de santé), et se produit en tant qu'humoriste de stand-up. Il y imite un nouvel immigrant venu de France. Voici les liens vers sa page Facebook et sa page Instagram. En 2010, il a remporté un Ophir Award (les Oscars israéliens) pour sa performance dans le film The Matchmaker. En 2024, il a écrit et produit "The Ring" (bande-annonce ci-dessous), inspiré par l'expérience de sa famille pendant l'Holocauste à Budapest. Co-réalisé avec Yoav et Doron Paz, il incarne l'adulte Arnon Nobel, sauvé en tant que bébé lorsque sa mère a donné une bague à un soldat des Croix Fléchées pour les protéger.
- Hapshuta (La simple)
Impact culturel : Hapshuta et l'identité israélienne moderne Hapshuta est l’une des marques les plus populaires sur les réseaux sociaux en Israël, avec plus d’un million d’abonnés cumulés sur Facebook et Instagram. Ce qui a commencé comme une simple page de mèmes est devenu une véritable référence culturelle, en particulier auprès des jeunes Israéliens. La plateforme est connue pour son contenu humoristique et souvent satirique, composé de mèmes, de courtes vidéos et de GIFs qui réagissent à la vie quotidienne en Israël. Elle s’appuie largement sur des références culturelles communes, ce qui la rend particulièrement parlante pour ceux qui connaissent les codes locaux, les médias et les dynamiques sociales du pays. Hapshuta aborde régulièrement des sujets tels que les émissions de télévision populaires (y compris des programmes de téléréalité comme « HaAh HaGadol »), la culture des célébrités, les tendances virales, l’actualité et même la politique. Son ton oscille entre légèreté et ironie mordante, utilisant l’humour comme un moyen de commenter les enjeux sociaux et les expériences collectives. Au-delà du divertissement, Hapshuta reflète et façonne l’identité israélienne contemporaine. La page capture le langage, les préoccupations et l’humour d’une génération profondément connectée aux réseaux sociaux et au débat public. Elle agit ainsi comme un miroir de la société israélienne actuelle, en mettant en lumière à la fois ses absurdités et ses moments de cohésion. Pour les apprenants en hébreu comme pour les observateurs culturels, suivre Hapshuta permet de mieux comprendre la manière dont les jeunes Israéliens communiquent, plaisantent et réagissent à l’actualité en temps réel. Le nom « Hapshuta » (הפשוטה) signifie littéralement « la simple » ou « la basique », une appellation volontairement ironique qui reflète le ton autodérisoire de la page et son ancrage dans le quotidien.
- Edmond Benjamin James de Rothschild
L'impact philanthropique de Rothschild sur les premières colonies Baron Edmond de Rothschild / Source : Ramat-hanadiv.org.il Le baron Edmond Benjamin James de Rothschild (1845-1934) était un banquier, philanthrope et collectionneur d'art français, né en 1845. Son père, James (Jacob) Rothschild, fut le fondateur de la branche parisienne de la famille Rothschild. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, Edmond James servit dans la Garde nationale française. En 1877, il épousa sa cousine Adélaïde de Rothschild. À la suite des émeutes antisémites en Russie, il fut convaincu de la nécessité de soutenir les Juifs souhaitant s’installer en Terre d’Israël. Dès 1882, il commença à acquérir des terres en Terre d’Israël et devint l’un des plus fervents mécènes du sionisme. Il joua un rôle déterminant dans le succès de la première Alya (1882-1903). Contrairement aux autres membres de sa famille, il accordait une importance particulière au sionisme. Il effectua cinq voyages en Terre d’Israël – en mai 1887, au printemps 1893, en février 1899, en février 1914 et en mai 1925 – afin de suivre de près le développement de ses "colonies". En 1924, il fonda la Palestine Jewish Colonization Association (PICA), une organisation dédiée à l’achat de terres et à l’industrialisation de la région. Il joua un rôle clé dans le développement de Zikhron Yaakov, nommé en hommage à son père Jacob (James). Il transféra des terres et des implantations à la Jewish Colonization Association (ICA), créée en 1891, et investit plusieurs millions de dollars dans ces projets en Terre d’Israël. Héritage et commémoration dans l’Israël contemporain Au cours de 32 années, il fonda une vingtaine de colonies et contribua à la mise en place des premières infrastructures, notamment des caves viticoles (comme celles de Zikhron Yaakov et Rishon LeZion) ainsi que des usines. Il décéde en 1934. En avril 1954, ses restes et ceux de son épouse furent exhumés du cimetière du Père-Lachaise à Paris et transportés en Israël à bord d’une frégate militaire. À Haïfa, le navire fut accueilli par des sirènes et des tirs de canon. Un hommage national fut rendu, au cours duquel l'ancien Premier ministre David Ben-Gourion prononça son éloge funèbre. Edmond de Rothschild et son épouse reposent aujourd’hui au mémorial de Ramat HaNadiv, près de Zikhron Yaakov. La ville de Binyamina porte son nom, tandis que la localité voisine de Givat Ada rend hommage à son épouse. L’avenue Rothschild fut l’une des premières rues de Tel-Aviv, créée en 1909-1910 aux côtés d’Ahad Ha'Am, Yehuda Halevi, Lilienblum et Herzl. David Ben Gourion déclara: « Je doute que dans toute l'Histoire du peuple juif en diaspora, sur une période de 2 000 ans, on puisse trouver un homme comparable en stature à l'incroyable personnage qui fut le bâtisseur du Yishouv juif dans notre patrie renouvelée, le baron Edmond de Rothschild.»* Sources: https://www.zy1882.co.il/RichText/GeneralPage.aspx?nodeId=903 https://www.touristisrael.com/rothschild-boulevard-tel-aviv/5275/#:~:text=Rothschild%20Boulevard%20was%20one%20of,was%20not%20originally%20a%20boulevard. https://en.wikipedia.org/wiki/Edmond_James_de_Rothschild https://www.edrf.org.il/en/history-heritage/ *https://www.edris.co.il/fr/אודות/מורשת-רוטשילד/
- Menahem Sheinkin
Jeunesse et Aliyah Source: The David B. Keidan Collection of Digital Images from the Central Zionist Archives, 1924. Menahem Sheinkin (1871-1924) était un leader sioniste et l'une des figures fondatrices de Tel-Aviv. En 1900, après avoir terminé ses études à Odessa (Ukraine), il fut élu délégué au 4ᵉ Congrès sioniste à Londres. Il y exposa les problèmes qu’il avait observés dans le Yishouv lors de sa visite plus tôt cette même année. En 1906, il fit son Alya et s'installa à Jaffa, où il créa un bureau pour le mouvement Hovevei Zion afin d’aider les futurs immigrants. Il encourageait l'immigration des personnes disposant de ressources et déconseillait à celles qui n’en avaient pas de venir. La vision de Sheinkin pour Tel Aviv Menahem Sheinkin fut l’un des premiers habitants d’"Ahuzat Bait", l’un des premiers quartiers établis en dehors de Jaffa en 1909. Il proposa de le rebaptiser "Tel-Aviv". « Avec ce nom, notre leader Herzl exprimait son espoir pour notre avenir en Terre d’Israël. Le nom Tel-Aviv a une consonance locale, arabe, et tous les habitants du pays s’y habitueront rapidement. »* Le nom "Tel-Aviv" est la traduction hébraïque qu’a faite Nahum Sokolov du livre Altneuland de Herzl, publié à l’origine en allemand sept ans plus tôt. En 1909, le Gymnase hébraïque de Jaffa fut fondé, puis rapidement rebaptisé Gymnasia Herzliya. Menahem Sheinkin comptait parmi ses fondateurs. En 1910, il créa une organisation visant à acquérir des terres en Israël, contribuant ainsi à l’établissement de la rue Allenby. En 1912, il fonda le quartier de l’Organisation Artisanale Indépendante (Merkaz Ba’alei Melakha), destiné à rassembler les artisans indépendants de Tel-Aviv. La rue principale du quartier porte son nom. Pendant la Première Guerre mondiale, il œuvra pour la distribution de nourriture et d’argent et procura du travail aux ouvriers sans emploi. Il mourut en 1924 à Chicago dans un accident de voiture, alors qu’il était en visite en tant que délégué du département de l’Alya de l’administration sioniste. Sources: https://he.wikipedia.org/wiki/מנחם_שינקין https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/sheinkin-menahem *http://www.zionistarchives.org.il/Pages/TalilaBiset.aspx#:~:text=%D7%9E%D7%A0%D7%97%D7%9D%20%D7%A9%D7%99%D7%A0%D7%A7%D7%99%D7%9F%2C%20%D7%A9%D7%94%D7%A6%D7%99%D7%A2%20%D7%90%D7%AA%20%D7%94%D7%A9%D7%9D%20%D7%94%D7%97%D7%93%D7%A9%20%D7%9C%D7%A2%D7%99%D7%A8%2C,%D7%A6%D7%9C%D7%A6%D7%95%D7%9C%20%D7%9E%D7%A7%D7%95%D7%9E%D7%99%2C%20%D7%A2%D7%A8%D7%91%D7%99%2C%20%D7%95%D7%9B%D7%9C%20%D7%99%D7%95%D7%A9%D7%91%D7%99%20%D7%94%D7%90%D7%A8%D7%A5%20%D7%99%D7%AA%D7%A8%D7%92%D7%9C%D7%95
- Elhanan Leib Lewinsky
Jeunesse et intérêt pour le sionisme Source: The national Library of Israel collection 1857 - 1910. Elhanan était un écrivain de langue hébraïque et un leader sioniste. Né dans l’Empire russe, il reçut une éducation talmudique et apprit la littérature hébraïque en autodidacte. Après avoir rejoint le mouvement Hovevei Zion, il séjourna plusieurs mois en Terre d’Israël au début des années 1880. À son retour, il fonda des organisations sionistes dans les villes du sud de l’Empire russe. En 1896, alors qu’il travaillait pour la société Carmel, il facilita l’importation de vin de Palestine vers la Russie. Malgré ces réalisations, Lewinsky est surtout reconnu pour son influence majeure sur la littérature hébraïque. Impact sur la littérature Hébraïque Il écrivit le premier roman de fiction en hébreu moderne, intitulé Masaʻ le-erets Yisraʼel bi-shenat Tat (Voyage en Terre d’Israël en l’an 5800 [2040]), publié en 1892. En 1901, aux côtés d’autres leaders sionistes (et en tant qu’ami d’Ahad Ha’am et du poète Haïm Nahman Bialik), il fonda à Odessa la première maison d’édition en hébreu moderne, appelée Moriah. Celle-ci publia des textes et ouvrages en hébreu sur divers sujets. Par ailleurs, Lewinsky contribua largement au magazine Ha-Shiloah, où il publia de nombreux articles et récits qui rencontrèrent un grand succès auprès des lecteurs. Elhanan Leib Lewinsky mourut à Odessa en 1910, et ses funérailles attirèrent des milliers de personnes. La rue Lewinsky à Tel-Aviv porte son nom en son honneur. Source: https://en.wikipedia.org/wiki/Elhanan_Leib_Lewinsky
- Yehudah Ben Samuel Halevi
1141 - 1075. La Vie et l'Héritage de Yehudah Halevi Le rabbin Juda (Yehouda) HaLevi était un rabbin séfarade, philosophe, médecin et poète, né à Tudela, en Espagne. Statue de Yehouda Halevi en Israël. Source : Wikipedia. Au cours de sa vie, il a exercé la médecine, pratiqué le commerce et entretenu des relations avec des figures juives et non juives à travers le monde. À l’âge de 60 ans, convaincu que les Juifs vivant en dehors de la Terre sainte mènent une existence incomplète, il décide d’entreprendre son Aliyah et de s’installer en Israël. Des documents attestent de son arrivée à Alexandrie en septembre 1140, mais le lieu exact de sa mort demeure incertain : certains affirment qu’il est décédé en Égypte, tandis que d’autres soutiennent qu’il a atteint Jérusalem, sa destination ultime. De son vivant, la renommée de ses poèmes dépassait largement les frontières de l’Espagne. Inspirée par les modèles poétiques arabes dominants à son époque, son œuvre a été adaptée à l’hébreu. On lui attribue environ 800 poèmes. Poésies, contributions philosophiques et Le Kuzari Son ouvrage le plus célèbre est "Kuzari", ou le "Livre des Khazars". Traduit de l’arabe en hébreu au XIIe siècle par le rabbin Yehouda Ibn Tibbon, ce texte a été réédité et traduit en plusieurs langues, dont le latin, l’espagnol, l’allemand et l’italien. Construit sous la forme d’un dialogue entre un rabbin et le roi des Khazars - un peuple ayant existé entre le VIe et le XIIIe siècle apr. J.-C. dans la région correspondant à l’actuelle Ukraine et Géorgie, cet ouvrage explore le conflit entre foi et raison, à une époque où les intellectuels juifs subissaient l’influence de la pensée grecque classique. Il représente également l’une des premières tentatives de confrontation entre le judaïsme, le christianisme et l’islam. Dans ce livre, Juda Halevi affirme que la présence divine est la plus tangible en Terre d’Israël et soutient que la vie juive y atteint son plein épanouissement spirituel. À Tel-Aviv, l’une des premières rues de la ville porte son nom en hommage à son héritage. Source: https://en.wikipedia.org/wiki/Judah_Halevi
- Oum Kalthoum à Haïfa : entre mémoire et identité
En 2020, la commission des noms de rues de Haïfa a approuvé une proposition du parti Hadash ( mouvement de gauche fondé en 1977) visant à donner le nom de la légendaire chanteuse égyptienne Umm Kulthum à une rue de la ville. Cette décision soulignait son statut d’icône majeure de la musique arabe et égyptienne, faisant d’elle une personnalité jugée digne d’être honorée dans une ville mixte comme Haïfa, souvent présentée comme un modèle de coexistence entre Juifs et Arabes. Mais cette initiative a rapidement déclenché un vif débat dans la société israélienne, révélant des questions plus larges liées à la mémoire collective, à l’identité et à la coexistence - des enjeux qui dépassent largement le simple choix d’un nom de rue. Les noms de rues comme récit urbain Les noms de rues ne servent pas uniquement à s’orienter : ils racontent aussi l’histoire d’une ville. En Israël, beaucoup de rues reflètent le récit sioniste façonné durant les premières décennies de l’État, tandis que l’héritage des cultures arabes et moyen-orientales reste souvent absent ou marginalisé. Lorsqu’il est évoqué, cet héritage concerne généralement les Juifs originaires des pays arabes et les persécutions qu’ils ont subies, laissant dans l’ombre une histoire culturelle partagée - celle des musulmans, des chrétiens et des juifs ayant vécu ensemble pendant des siècles au Moyen-Orient. Oum Kalthoun, vers 1968. Domaine publique. La proposition de Haïfa n’était d’ailleurs pas un cas isolé. Jerusalem avait déjà nommé une rue en l’honneur d’Oum Kalthoum en 2012, tandis que Ramla avait envisagé une initiative similaire en 2020. Cependant, alors que la décision de Jérusalem est passée relativement inaperçue, celles de Ramla et de Haïfa ont suscité de fortes controverses. Pour certains, Oum Kalthoum représente une reconnaissance légitime de la culture arabe et palestinienne en Israël. Pour d’autres, elle demeure une figure politiquement sensible en raison de ses prises de position contre Israël. À Haïfa, la polémique a finalement eu raison du projet. Après de longs débats, l’idée d’attribuer une rue à la chanteuse a été abandonnée, privant la ville d’un geste symbolique autour d’une mémoire culturelle partagée. Au-delà de la politique : un héritage culturel commun Malgré les controverses politiques, Oum Kalthoum occupe depuis longtemps une place particulière dans la culture israélienne, notamment parmi les Juifs originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Ses déclarations politiques ont certes provoqué colère et rejet chez certains, mais ses chansons d’amour, de nostalgie et de mélancolie ont traversé les frontières identitaires. Beaucoup de Juifs et d’Israéliens ayant grandi en écoutant sa voix en arabe avaient le sentiment qu’elle chantait aussi pour eux. Avec le temps, sa musique s’est intégrée au paysage culturel israélien. Des artistes comme Berry Sakharof, Margalit Tzan'ani, Dikla, Nasreen Qadri ou encore Zehava Ben ont repris ou réinterprété ses chansons. Sa mémoire a également été célébrée à travers plusieurs œuvres culturelles, parmi lesquelles : Oum Kulthum, une pièce jouée au théâtre de Jaffa et inspirée du roman Oum de Salim Nassib ; un épisode de l’émission radiophonique Hero of Culture sur la station Kan Tarbut consacré à sa vie et à son œuvre ; Pekroni, une création chorégraphique d’Orly Portal inspirée par l’une de ses chansons. L’histoire d’Oum Kalthoum Née en 1904 dans un petit village du delta du Nil, Oum Kalthoum - plus tard surnommée "l’Étoile de l’Orient" - défie très tôt les conventions sociales. Enfant, elle se déguise même en garçon pour pouvoir chanter dans la troupe de son père. Sa voix puissante et chargée d’émotion conquiert rapidement le monde arabe. À travers des chansons évoquant l’amour, la douleur ou le désir, elle devient à la fois une immense icône culturelle et un véritable trait d’union entre les peuples. Surnommée "la Voix de l’Égypte" ou encore "la quatrième pyramide d’Égypte", elle reste aujourd’hui une figure nationale incontournable. En 2023, le magazine Rolling Stone l’a classée 61e parmi les 200 plus grands chanteurs de tous les temps. À sa mort, en 1975, ses funérailles ont rassemblé davantage de personnes que celles du président égyptien Gamal Abdel Nasser. Les chapitres oubliés de Haïfa L’histoire de Haïfa est elle-même étroitement liée à celle d’Oum Kalthoum. La chanteuse s’y est produite à trois reprises dans les années 1930 devant des publics composés à la fois de Juifs et d’Arabes. À cette époque, Haïfa était moins marquée par les élites religieuses qui influençaient des villes comme Jaffa, Acre ou Jérusalem. La ville s’était développée comme un important centre culturel arabe, parfois même avec une dimension laïque affirmée. Cet héritage continue encore aujourd’hui de façonner la manière dont de nombreux habitants arabes perçoivent la ville. Pourtant, une grande partie de cette mémoire a disparu de l’espace urbain actuel. Avant 1948, les noms des rues reflétaient les héritages arabes, palestiniens, ottomans et britanniques. Après la création de l’État d’Israël, beaucoup furent remplacés par des noms liés au récit sioniste, mettant en avant le renouveau national, le retour et la libération. Des pans entiers du passé de la ville ont ainsi été effacés, tandis que de nouvelles réglementations ont ensuite limité la possibilité de rebaptiser les rues existantes. Aujourd’hui encore, chaque nouvelle rue devient un terrain de débat autour de l’histoire que Haïfa souhaite raconter sur elle-même. Bien plus qu’un nom de rue Dans ce contexte, donner le nom d’Oum Kalthoum à une rue dépasse largement l’hommage rendu à une chanteuse. La question touche à un enjeu plus profond : quelle histoire les rues des villes mixtes israéliennes doivent-elles refléter ? Au cours du siècle dernier, les noms des rues de Haïfa ont été modifiés à plusieurs reprises, chaque changement révélant les tensions autour du passé à préserver, ou à oublier. Haïfa n’abrite pas seulement des Juifs et des Arabes palestiniens, mais aussi des Druzes, des Ahmadis, des Bahá’ís et d’autres communautés encore. La vitalité de cette ville partagée dépend justement de sa capacité à laisser une place à toutes ces voix. Vu sous cet angle, le "test Oum Kalthoum" dépasse le simple symbole. Il représente une occasion, pour Haïfa comme pour les autres villes mixtes d’Israël, d’aller au-delà des clivages politiques afin d’embrasser une histoire culturelle plus riche et plus inclusive. Article écrit par Einat Levi Cofondatrice de ViaCity – Centre pour la diplomatie urbaine et les relations internationales, et conseillère stratégique pour le développement de partenariats entre Israël, le Maroc et la région MENA. Basé sur un article initialement publié dans Haaretz (en hébreu, 2020) par Einat Levi. Linkedin
- Degel HaTorah
Degel HaTorah (La Bannière de la Torah) est un parti politique israélien haredi ashkénaze. Le parti a été fondé en 1988 par le rabbin Elazar Shach, à la suite d’une scission avec Agoudat Israël, motivée par des divergences politiques. Depuis sa création jusqu’en 2022, le nombre de ses députés à la Knesset a fluctué entre deux et quatre. Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir l’une des premières réunions des dirigeants du parti chez le rabbin Shach. Bien que des tensions aient parfois existé entre Agoudat Israël et Degel HaTorah, les deux partis ont fini par s’unir au sein de la coalition politique Yahadout HaTorah en 1992. Cette même année, le parti a remporté deux sièges à la Knesset, dont celui de Moshe Gafni, toujours actif à ce jour, et a rejoint la coalition gouvernementale dirigée par Yitzhak Shamir. Depuis sa fondation, Degel HaTorah a organisé trois conférences nationales (en 1990, 2006 et 2016). Ces rassemblements s’étendent sur plusieurs jours, incluant des conférences et des débats, et culminent avec la venue de ses guides spirituels. Les principales figures spirituelles du parti furent le rabbin Haïm Kanievsky (1928-2022) et le rabbin Gershon Edelstein(1923-2023). À la suite du décès de ce dernier, Dov Lando est devenu le nouveau dirigeant spirituel du parti. Des représentants de Degel HaTorah ont exercé la fonction de maire dans plusieurs villes d’Israël, telles que Jérusalem, Bnei Brak, Modi’in Illit, Beitar Illit, Rekhasim, Kiryat Yaarim, et d’autres encore. Fidèle à la position de son fondateur, le rabbin Shach, favorable au principe de "la terre pour la paix", Degel HaTorah était à l’origine perçu comme moins à droite qu’Agoudat Israël. Toutefois, sous l’influence de ses successeurs spirituels, le parti a progressivement adopté des positions plus à droite. Cela s’est illustré notamment par la déclaration du rabbin Haïm Kanievsky à la veille des élections législatives de 2019 (22e Knesset), affirmant que les partis ultra-orthodoxes devaient s’opposer à toute cession de territoires aux Arabes. Le programme politique du parti peut généralement être compris à travers plusieurs grands axes : Religion et État Un engagement fort en faveur de la préservation et du renforcement du rôle de la loi juive (Halakha) dans la vie publique, notamment en ce qui concerne le respect du Shabbat, les systèmes éducatifs et les politiques de l’État. Service militaire Un soutien constant au maintien de l’exemption du service militaire obligatoire pour les étudiants des yeshivot, une question ancienne et profondément clivante dans la société israélienne. Politique sociale Une priorité accordée au financement et au soutien institutionnel des écoles haredi, des institutions religieuses et des infrastructures communautaires. Politique économique Un soutien général à l’augmentation des financements publics et des aides sociales destinés aux communautés religieuses et aux yeshivot. Questions sécuritaires et territoriales Traditionnellement plus pragmatique qu’idéologique sur les questions diplomatiques et sécuritaires, le mouvement s’est toutefois souvent aligné ces dernières années sur des positions de droite et de coalition au sein du paysage politique haredi plus large. La politique de Degel HaTorah se caractérise avant tout par un conservatisme religieux centré sur la communauté, où les décisions sont moins guidées par une idéologie géopolitique que par la volonté de préserver l’autonomie, le financement et la continuité du monde haredi. En mai 2026, les représentants de Degel HaTorah à la Knesset sont Moshe Gafni, Uri Maklev, Yaakov Asher et Yitzhak Ze'ev Pindrus. Source: https://he.wikipedia.org/wiki/דגל_התורה
- Ze'ev Jabotinsky
1880 - 1940. Ze’ev Jabotinsky fut un dirigeant sioniste, écrivain, orateur, soldat et journaliste. Il a ardemment milité pour la création d’un État juif en Terre d'Israël, une cause à laquelle il a consacré sa vie. Son influence sur l’État d’Israël fut profonde, et son héritage continue d’alimenter les débats politiques actuels. Né dans une famille juive traditionnelle, il se définissait comme un "sioniste athée" et affirmait que la question juive devait être résolue avant que les Juifs ne soient victimes d’un nouveau massacre en diaspora. Il étudia le droit et parlait couramment le russe, le yiddish, l’hébreu et l’italien. Il fut correspondant pour plusieurs journaux russes, écrivant sous le pseudonyme Altalena. Zeev Jabotinsky in 1925. Source: Wikipedia, public domain. Dès 1903, avant même les pogroms en Russie, Jabotinsky s’engagea dans la cause sioniste. Il changea alors son prénom Vladimir en Ze’ev (signifiant "loup" en hébreu) et rejoignit des unités d'autodéfense juives. Avec Meir Dizengoff, il collecta des fonds pour acheter des armes destinées à protéger les communautés juives de l’Empire russe. La même année, il fut élu délégué russe au sixième Congrès sioniste à Bâle, le dernier auquel participa Herzl. Profondément marqué par cette la rencontre d'Herzl, Jabotinsky adopta ses idées, qu’il considéra dès lors comme le fondement de son propre combat, notamment à travers les différents mouvements qu'il dirigera par la suite. Toujours en 1903, il s'installe à Saint-Pétersbourg, où il devint la figure de proue des sionistes de droite. En tant que journaliste et poète, il dénonçait vigoureusement l’assimilation et plaidait pour la création d’écoles hébraïques. Il fut l’un des premiers écrivains politiques juifs influents en Russie. En 1914, lors de la Première Guerre mondiale, il fut envoyé comme correspondant de guerre sur plusieurs fronts en Europe et en Afrique du Nord. En Égypte, il rencontra Joseph Trumpeldor, avec qui il fonda la Légion juive au sein de l’armée britannique. Enrôlé en 1918, Jabotinsky participa aux combats dans la vallée du Jourdain. L’année suivante, les trois bataillons furent réunis en une seule unité : les First Judaeans, reconnaissables à leur emblème : la ménorah. Alors que la Haganah émergeait aussi en Terre d’Israël, Jabotinsky se distingua en 1920 en organisant la défense de Jérusalem lors d’émeutes arabes. Arrêté par les Britanniques, il fut condamné à 15 ans de prison, puis libéré sous la pression de l’opinion publique. Vous pouvez voir dans cette vidéo YouTube Zeev Jabotinsky dans la prison d'Acre, puis, après sa libération, marchant avec sa mère à Jérusalem en direction de la synagogue Hurva. En 1921, il fut élu au comité exécutif du 12e Congrès sioniste, où il rejoignit Weizmann et Nahum Sokolov dans la branche politique. Il y milita pour la création d'une force militaire juive, et s'opposa à l’idée d’une force militaire arabo-juive proposée par les britanniques. Le 3 juin 1922, les Britanniques soumirent le projet du Livre blanc de Churchill à la direction sioniste. Weizmann vota en faveur de son acceptation, tandis que Jabotinsky s’y opposa. Finalement, Jabotinsky signa lui aussi le Livre blanc, qui fut adopté par la direction sioniste, et qui limita le développement du Yishouv. Toujours en novembre 1922, il se rendit à Londres et présenta ses revendications à la direction sioniste. À la fin de cette année-là, il démissionna du Congrès sioniste. En 1923, il publia à Berlin l’article "Le mur de fer (Les arabes et nous)". Dans cet article, Jabotinsky confronte la direction du mouvement sioniste ainsi que les factions modérées qui prônent la création d’un État binational. Dans cet article, il expose sa vision de la politique sioniste, fondée sur deux principes : d’une part, le conflit est inhérent aux relations entre groupes nationaux ; d’autre part, les droits des minorités doivent être protégés. Selon lui, les Arabes palestiniens vivant dans l’État juif devront bénéficier de droits politiques et culturels complets, bien qu’ils constituent une minorité. Toutefois, Jabotinsky affirme qu’ils n’accepteront pas cette situation sans résistance. C’est pourquoi il propose de les contraindre par la force militaire, soit le "Mur de Fer". Cette force prendrait la forme de régiments juifs intégrés à l’armée britannique, dans le cadre du dispositif colonial au Moyen-Orient, et constituerait une ligne de défense fortifiée, reposant sur une puissance militaire solide et une adhésion intransigeante aux positions sionistes. Une fois convaincus qu’ils ne pourront pas dominer, les Arabes accepteront leur statut de minorité dotée de droits. Cet article s’inscrit dans la vision de Jabotinsky selon laquelle la renaissance de l’idéal sioniste ne peut se réaliser qu’en s’appuyant sur l’impérialisme britannique. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des fondements du courant jabotinskien naissant, aussi appelé plus tard le mouvement révisionniste. En 1923, il fonda le mouvement Betar à Riga (Lettonie), dans le but d’éduquer la jeunesse juive dans un esprit national et militant. Les membres devaient servir pendant deux ans dans les légions de Betar après leur aliyah. Le nom "Betar" est l’acronyme de Brit Yosef Trumpeldor, une alliance nommée en hommage à Joseph Trumpeldor. En 1925, Jabotinsky fonda l’Alliance sioniste révisionniste, qui prônait la création d’un État juif dans les frontières historiques d’Eretz Israël (la Palestine mandataire et la Transjordanie) ainsi qu’un activisme politique accru. Le sionisme révisionniste a fortement influencé les partis israéliens de droite contemporaine, en particulier le Herout et son successeur, le Likoud. Cette idéologie appelait à une "révision" du "sionisme pratique" incarné par David Ben-Gourion et Haïm Weizmann. Jabotinsky dirigeait cette Alliance, intégrée à l’Organisation sioniste. Toutefois, il divergeait profondément des dirigeants des partis sionistes socialistes sur des questions de politique étrangère, d’économie sociale et d’élargissement de l’Agence juive. Ces désaccords firent de lui l’un des principaux porte-parole de l’opposition au sein du Congrès sioniste. Dès lors, ses relations avec les mouvements socialistes se dégradèrent fortement. En 1929, lors du 16e Congrès sioniste, Jabotinsky prononça un discours dans lequel il demanda la création d’un État juif sur les deux rives du Jourdain, l’abrogation du Livre blanc de 1922, ainsi que le soutien actif des Britanniques à la mise en œuvre de la Déclaration Balfour. Il appela également ces derniers à ignorer l’opposition arabe aux aspirations sionistes. Après les violentes émeutes de 1929, durant lesquelles les autorités britanniques restèrent passives face aux attaques perpétrées par des Arabes, Jabotinsky les exhorta à reconnaître le droit des Juifs à vivre librement sur leur terre ancestrale. De façon générale, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, Jabotinsky était une figure politique majeure du Yishouv et prit part à de nombreuses activités. En 1932, face au refus du Congrès d’adopter sa définition du sionisme, soit la création d'un État à majorité juive en Eretz Israël, il démissionna et fonda en 1935 la Nouvelle Organisation sioniste, dont il prit la tête depuis Londres. À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, il alerta sur le danger nazi et encouragea l’immigration illégale vers la Palestine. Il lança une pétition signée par plus de 600 000 Juifs de 24 pays, exigeant l’accueil de tous les réfugiés juifs en Terre d’Israël, sans succès. Il déclara alors : "Si vous n'éliminez pas la diaspora, la diaspora vous éliminera"*. Face à l’inaction britannique et au Livre blanc de 1939, il perdit confiance et se tourna vers la jeunesse juive pour mener la lutte. Jabotinsky fut un acteur clé de la création de l’Etzel (Ergun Tsvai Leumi, aussi appellé l'Irgun), né d’une scission de la Haganah à Jérusalem. Dès 1936, l’Etzel devint la branche armée du camp révisionniste. Jabotinsky soutenait ses actions contre les Arabes violents et contre les Britanniques. Nommé en 1937 commandant suprême de l’Etzel, il planifia un soulèvement armé, avorté à cause de la guerre. Durant celle-ci, il milita au Royaume-Uni et aux États-Unis pour créer une force juive combattant aux côtés des Alliés. Il mourut en 1940 à New York, lors d’un camp d’été de Betar. Il avait demandé dans son testament que sa dépouille repose en Israël, souhait exaucé en 1964 grâce à Levi Eshkol, qui fit rapatrier son corps au Mont Herzl, à Jérusalem. Par son engagement indéfectible, sa vision politique et ses actions concrètes, Ze’ev Jabotinsky a posé les fondations idéologiques et stratégiques d’un sionisme combatif qui continue d’influencer Israël jusqu’à aujourd’hui. Sources: https://knesset.gov.il/vip/jabotinsky/eng/bio_eng.html *http://en.jabotinsky.org/zeev-jabotinsky/life-story/rescuing-jews/ https://en.wikipedia.org/wiki/Ze%27ev_Jabotinsky https://encyclopedia.1914-1918-online.net/article/jabotinsky_vladimir https://he.wikipedia.org/wiki/על_קיר_הברזל
- Eliezer Ben-Yehuda (chanson)
Éliézer Ben-Yehuda était un linguiste, grammairien et journaliste russe qui a joué un rôle crucial dans la renaissance de la langue hébraïque. Il est largement reconnu comme la force motrice principale derrière ce renouveau linguistique (voici le lien vers l’article dédié). "Eliezer Ben Yehuda" est une chanson en hébreu consacrée à Éliézer Ben-Yehuda (article dédié) . Elle a été écrite par Yaron London (célèbre journaliste et auteur-compositeur israélien), composée par Mati Caspi et interprétée à l'origine par Chava Alberstein. Vous trouverez ci-dessous les liens vers les versions de : Chava Alberstein Mati Caspi La chanson évoque les efforts d’Éliézer Ben-Yehuda pour faire revivre la langue hébraïque. Elle mentionne également quelques mots qu’il a créés dans ses dictionnaires, comme "initiative" (Yozma) et "bombe" (Ptsatsa), à 1:16 dans la version de Caspi, ou encore "chou-fleur" (Kruvit) et "glace" (Glida) à 1:22. Dans la dernière partie de la chanson (à 2:12), il est question de son fils Itamar, le premier enfant à avoir grandi en Terre d’Israël en parlant l’hébreu moderne, ainsi que de son lien difficile avec cette langue. Bien que la chanson représente Ben-Yehuda comme un "Juif farceur" ("Yehudi Mevadeah"dans le refrain, issu du mot hébreu Bdiha, signifiant "blague"), il était en réalité décrit comme un homme sérieux, strict, et non comme un homme porté sur l'humour. Vous pouvez découvrir d'autres chansons israéliennes sur notre playlist Spotify
- Eliezer Ben-Yehuda
1858 - 1922. Source: Ya'ackov Ben-Dov, id.lib.harvard.edu. Eliezer Ben-Yehuda, de son nom de naissance Eliezer Yitzhak Perlman, était un linguiste, grammairien et journaliste originaire de l’Empire russe, qui joua un rôle décisif dans la renaissance de la langue hébraïque. Il est connu comme rédacteur de HaZvi, l’un des premiers journaux en hébreu publiés en Terre d’Israël, et comme l’auteur du tout premier dictionnaire d'hébreu moderne. Son travail fut fondamental pour faire de l’hébreu une langue vivante, et il est largement reconnu comme le principal artisan de cette renaissance linguistique. Vous pouvez écouter et comprendre (via cet article dédié) la chanson composée par Mati Caspi, l'un des musiciens et chanteurs les plus connus d'Israël, sur le parcours d'Eliezer pour rétablir la langue hébraïque. Il y évoque son fils Itamar Ben Yehuda ainsi que certains mots utilisés aujourd'hui. Bien que l’hébreu - langue de la Bible - n’ait jamais totalement disparu, son usage s’était limité, durant des siècles, à la prière, aux textes religieux et à l’étude. Pendant l’exil, les communautés juives adoptaient pour leur vie quotidienne les langues des pays hôtes, tout en développant des idiomes propres, comme le yiddish ou le ladino. C’est en grande partie grâce à Eliezer Ben-Yehuda que l’hébreu redevint une langue parlée au quotidien, devenant par la suite la langue principale de l’État d’Israël. Né dans l’Empire russe, il suivit une éducation juive traditionnelle dans une yeshiva. Le directeur, intellectuel éclairé, l’initia secrètement à la littérature laïque. Lorsqu’il intégra une école russe, Ben-Yehuda se passionna pour la littérature hébraïque moderne et se plongea avec avidité dans les périodiques hébraïques, notamment ceux liés au nationalisme juif. Pour lui, ce nationalisme offrait un moyen d’embrasser l’hébreu en dehors du cadre religieux. En 1881, il fit son Aliyah et s’installa à Jérusalem. Il obtint un poste d'enseignant, mais était également déterminé à créer une "nouvelle langue" qui remplacerait le yiddish et d'autres dialectes régionaux. Cette nouvelle langue permettrait la communication quotidienne entre les Juifs émigrés de diverses régions du monde. Ben-Yehuda croyait que l'hébreu et le sionisme se soutenaient mutuellement, et il fonda le premier foyer juif parlant l'hébreu modern. Son fils, Itamar Ben-Yehuda, fut le premier enfant à grandir en ne parlant que l’hébreu moderne. Ben-Yehuda était convaincu que si un enfant pouvait être élevé dans cette langue, un peuple entier pouvait l’adopter. Il empêchait même son fils de fréquenter d’autres enfants pour éviter toute exposition à d’autres langues. Pour forger un vocabulaire moderne, il créa de nouveaux mots à partir de racines hébraïques ou en s’inspirant d'autres langues sémitiques. Il dirigea également plusieurs journaux en hébreu, tels que HaZvi et Mevaseret Zion. D'autre part, Ben-Yehuda obteint le soutien des enseignants pour utiliser l'hébreu comme langue d'enseignement et d'étude dans les écoles. Ces derniers étaient des juifs sionists enthousiastes et s'identifiaient à son projet. Cette vidéo YouTube est une chanson écrite par l'émission de télévision pour enfants israélienne Saba Tuvia (Grand-père Tuvia), imaginant comment il attribuait des noms hébreux aux objets. Cependant, les Juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem, qui utilisaient l’hébreu uniquement pour étudier la Torah, ont rejeté Ben-Yehuda et sa langue une fois qu’ils ont réalisé ses intentions laïques et nationalistes. Ben-Yehuda participa à la création du Comité de la langue hébraïque (Va’ad HaLashon), ancêtre de l’actuelle Académie de la langue hébraïque, toujours active aujourd’hui. En 1910, il commença à publier son monumental dictionnaire, le Dictionnaire complet de l’hébreu ancien et moderne, qui comptera 17 volumes. Si nombre de ses mots sont aujourd’hui couramment utilisés, certains n’ont jamais vraiment été adoptés par le grand public. Ben-Yehuda n'a pas vécu assez longtemps pour assister à la création de l'État d'Israël. Il est décédé en 1922, un mois seulement après que les autorités britanniques eurent déclaré l'hébreu langue officielle des Juifs de Palestine mandataire. Cela était dû au nombre suffisant de juifs qui parlaient l'hébreu en Terre d'Israël à cette époque, notamment grâce à lui. Néanmoins, sa vision d'Israël comme nation parlant sa propre langue s'est réalisée. La contribution de Ben-Yehuda à la renaissance de la langue hébraïque est considérée comme une avancée majeure dans l'histoire des langues, et reste centrale dans l'établissement de l'Israël contemporain. Sources: https://fozmuseum.com/blog/eliezer-ben-yehuda/ https://www.myjewishlearning.com/article/eliezer-ben-yehuda/ https://he.wikipedia.org/wiki/אליעזר_בן-יהודה
- Le sionisme révisionniste: origine, doctrine, et héritage
Origines et fondements C'est au début des années 1920 que le sionisme révisionniste émerge, né d'une rupture profonde avec le courant dominant du mouvement sioniste. Tandis que la tendance travailliste misait sur le dialogue, les compromis graduels et l'édification sociale, les révisionnistes défendaient une ligne plus tranchée, fondée sur la clarté des objectifs et la volonté politique sans concession. Zeev Jabotinsky (en bas à droite) rencontre des dirigeants du Betar à Varsovie. En bas à gauche, Menahem Begin. Probablement 1939. Image libre de droits. Figure centrale de ce courant, Vladimir Ze'ev Jabotinsky refusait tout angélisme. Dans son essai Le Mur de fer (1923), il posait un constat jugé lucide : aucune population n'accepte spontanément de partager son territoire avec un autre peuple qui s'y installe. Attendre une entente rapide avec les Arabes de Palestine relevait, à ses yeux, d'une illusion dangereuse. Seule la constitution d'un fait accompli solide - un État juif établi et défendu - pourrait, à terme, ouvrir la voie à une coexistence réaliste. Une doctrine de la force et de la souveraineté Pour les révisionnistes, la souveraineté n'est pas quelque chose que l'on négocie ou que l'on sollicite : elle se construit par la volonté politique et se préserve par la capacité militaire. La sécurité est pensée comme la condition préalable à toute paix durable, et non l'inverse. Cette vision s'ancre dans une interprétation sombre de l'histoire juive : un peuple sans puissance propre reste perpétuellement vulnérable. L'émancipation ne saurait donc être incomplète - elle doit être totale, souveraine et défendue. Sur le plan territorial, le courant revendiquait un État juif englobant l'intégralité du mandat britannique, y compris la rive orientale du Jourdain. Sur le plan économique, il s'opposait au modèle socialiste alors dominant dans le Yichouv, lui préférant une économie libérale valorisant la responsabilité individuelle et l'initiative privée plutôt que le collectivisme. Une marginalisation puis une ascension Longtemps tenu à l'écart par l'élite travailliste qui dominait les institutions sionistes, le courant révisionniste trouva néanmoins une expression organisée à travers l'Irgoun, puis, après la création de l'État d'Israël, au sein du parti Hérout. Le tournant décisif survint en 1977, lorsque Menahem Begin accéda au pouvoir : pour la première fois, la droite nationaliste prenait les rênes du gouvernement israélien. Ce changement dépassait le simple résultat électoral - il reflétait une transformation en profondeur de la société israélienne, de plus en plus sensible aux enjeux identitaires, sécuritaires et mémoriels. La branche militaire et son héritage Le révisionnisme ne resta pas un courant purement théorique : il engendra une culture de l'action armée qui marqua profondément l'histoire du mouvement national juif. Face à ce qui était perçu comme la passivité de la Haganah travailliste, des organisations dissidentes virent le jour - l'Irgoun Zvai Leumi puis le groupe Lehi - convaincues que seule la pression militaire pouvait contraindre la puissance britannique à quitter la Palestine. Leurs opérations, dont certaines restent profondément controversées, alimentèrent des décennies de débat sur la frontière entre résistance armée et terrorisme. L'héritage de cette tradition dans l'Israël contemporain est considérable. Elle a contribué à forger une doctrine stratégique fondée sur la dissuasion, l'initiative militaire et le refus de toute dépendance aux garanties extérieures. Plusieurs de ses figures accédèrent aux plus hautes fonctions de l'État - Begin lui-même avait commandé l'Irgoun - légitimant ainsi rétrospectivement cette trajectoire. Les grands débats actuels sur les règles d'engagement ou la réponse aux menaces existentielles portent encore, en filigrane, cette conviction fondatrice : un peuple ne peut compter que sur sa propre force pour assurer sa survie. Une question toujours ouverte Le sionisme révisionniste ne constitue pas un simple épisode de l'histoire politique juive. Il soulève une interrogation fondamentale, que les événements du 7 octobre 2023 ont rendue plus pressante que jamais : est-il possible de garantir la pérennité d'un peuple sans s'appuyer sur une force crédible ? Pour ce courant, la paix n'est jamais un point de départ, mais une conclusion possible - à condition que la souveraineté soit réelle et défendable. Les grandes figures du courant Le révisionnisme ne se résume pas à une doctrine politique : il constitue également un projet culturel et intellectuel. Ze'ev Jabotinsky. Public Domain. Vladimir Ze'ev Jabotinsky incarnait cette dimension à lui seul. Penseur et dirigeant sioniste révisionniste, journaliste et écrivain, il a défendu un État juif fondé sur la force politique et la sécurité, tout en affirmant aussi des principes libéraux comme l’égalité des droits civiques et la protection des minorités. Son idée du « mur de fer » visait à rendre possible, à terme, une entente avec les Arabes, mais seulement après la création d’un rapport de force jugé indispensable. Abba Ahimeir représentait quant à lui l'aile la plus militante du mouvement. Il souligne la nécessité d’une élite capable d’assumer une responsabilité historique. Pour lui, le peuple juif doit devenir l’acteur de son propre destin. Sa vision s’appuie sur un nationalisme juif affirmé, prônant la création rapide d’un État souverain sur l’ensemble de la terre d’Israël, par la force politique et, au besoin, la confrontation avec les Britanniques. Opposé au socialisme du sionisme travailliste, il incarne l’aile la plus radicale du révisionnisme, en tension avec Ze'ev Jabotinsky. Il influence idéologiquement le Betar et est soupçonné d’implication dans l’assassinat de Haim Arlosoroff, dont il sera finalement acquitté. Uri Zvi Greenberg, poète de grande intensité, apportait au courant une dimension existentielle et mémorielle. Son œuvre exprimait la nécessité vitale du retour à la terre, nourrie par la conscience des tragédies subies par les Juifs d'Europe et par la conviction que seul un enracinement national souverain pouvait y répondre. Après le massacre de Hébron de 1929, il rejoint le camp révisionniste en 1930, représentant le mouvement dans plusieurs instances. Avec Abba Ahimeir et Yehoshua Yeivin, il fonde Brit HaBirionim, un groupe activiste opposé aux autorités britanniques, avant sa dissolution après des arrestations massives. Après 1948, il rejoint le mouvement Herut de Menachem Begin et siège brièvement à la Knesset. Après la guerre des Six Jours, il soutient le Mouvement pour le Grand Israël, prônant la souveraineté sur la Judée-Samarie. Menachem Begin: dès sa jeunesse, Begin s’engage dans le sionisme et passe brièvement par Hashomer Hatzair, avant de rejoindre Betar, pilier du sionisme révisionniste fondé par Ze'ev Jabotinsky. Il y devient rapidement un cadre influent, puis chef en Pologne en 1939. En 1943, il prend la tête de l’Irgun, branche armée du courant révisionniste opposée aux Britanniques. Pendant plus de quatre ans, il dirige la lutte dans la clandestinité, cherchant à affaiblir le pouvoir britannique tout en affirmant la ligne révisionniste fondée sur la souveraineté et la force. Le révisionnisme se présente ainsi comme un système de pensée cohérent, articulant identité collective affirmée, sens de la responsabilité historique et volonté de normaliser la condition juive par l'exercice d'une souveraineté pleine et entière.











