5 partis politiques israéliens insolites dont vous ignoriez probablement l'existence
- Shai Reef

- il y a 2 jours
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Introduction
Le système politique bordélique d'Israël a longtemps frustré les observateurs habitués aux modèles comprenant deux à cinq partis. En raison du fonctionnement des coalitions, même les partis qui n'ont aucune chance de diriger le pays cherchent à peser lourdement dans le gouvernement. Ce système a favorisé l'émergence d'une multitude de petits partis, dont certains n'auraient jamais pu exister dans un autre contexte.
Pour contexte, jusqu'en 2014, le seuil d'éligibilité pour siéger à la Knesset était relativement bas. Cela signifiait que quelques milliers de voix seulement pouvaient suffire à envoyer une liste au gouvernement. Lors des toutes premières élections d'Israël, par exemple, la Histadrut Temani (l'Association des Yéménites) a obtenu un siège avec à peine 4 399 voix. Aujourd'hui, la plupart des partis présentés ci-dessous ne réuniraient pas assez de suffrages pour atteindre le seuil désormais fixé à 4 sièges, ce qui décourage certaines petites formations.
Alors que les prochaines élections israéliennes occupent une grande partie de l'actualité, le moment est idéal pour remonter le temps et découvrir cinq partis politiques israéliens dont la plupart des gens ne soupçonneraient pas l'existence. Du plus excentrique au plus extrême, en passant par les mouvements comiques, cette liste propose un aperçu partiel mais captivant des subtilités de la société israélienne.
1. Pituah V’Shalom (Développement et Paix)
Repères rapides
Période : 1977–1981
Record de sièges : 2
Chef de parti : Samuel Flatto-Sharon
Idéologie : Populisme de droite

On se souvient principalement des élections de 1977 pour le basculement massif après 30 ans de gouvernements sionistes de gauche au profit du Likoud de Menahem Begin, le grand adversaire de Ben Gourion. Pourtant, ce scrutin a également été le théâtre d'une histoire particulièrement bizarre.
Il s'agissait d'un parti composé d'une seule personne : Samuel Flatto-Sharon, un milliardaire français fuyant des poursuites judiciaires dans son pays d'origine. La célèbre Loi du retour d'Israël lui a offert l'échappatoire parfaite.
Arrivé en Israël, il a fondé un parti politique alors qu'il parlait à peine hébreu. Son programme ? Utiliser sa propre fortune pour faire baisser le coût de la vie des familles israéliennes à faibles revenus. L'opération a fonctionné. Un peu trop bien, même. Bien qu'il n'ait présenté qu'un seul candidat, Flatto-Sharon a remporté deux sièges. Un événement inédit. Samuel Flatto-Sharon occupant le premier siège, le second n'a pas pu être attribué et a été réalloué au Parti national religieux. Ce « balagan » (pagaïe) contribuera ultérieurement à déclencher une réforme électorale visant à rehausser le seuil d'éligibilité.
2. Reshimat HaLohamim (La Liste des Combattants)
Repères rapides
Période : 1949–1951
Record de sièges : 1
Chef de parti : Natan Yellin-Mor
Idéologie : Nationalisme révolutionnaire syncrétique
Les premières élections du pays en 1949 regorgeaient de nouvelles tendances politiques cherchant à laisser leur empreinte sur le jeune État. À une époque où les grandes questions relatives à l'identité nationale restaient en suspens, des partis révolutionnaires ont tenté de façonner Israël. La Liste des Combattants en faisait partie. Avec la création de l'État, le Lohmei Herut Israel (LEHI), une organisation paramilitaire radicale également connue sous le nom de Groupe Stern, s'est dissous. Son objectif: chasser les Britanniques de Palestine et établir un État hébreu, était atteint.
Cet accomplissement était toutefois assombri par les forces qui façonnaient le pays : une classe dirigeante européanisée ayant coopéré avec l'occupant britannique. Pour la faction de LEHI menée par Natan Yellin-Mor, une organisation politique s'imposait. Le problème ? Il se trouvait alors dans une prison israélienne sous le coup d'accusations de meurtre. Yellin-Mor avait en effet commandité l'assassinat politique du comte Folke Bernadotte, un médiateur de l'ONU qui travaillait au partage de la terre entre Juifs et Arabes. L'obtention d'un siège à la Knesset lui a finalement valu une amnistie générale.
Alors que la mémoire collective israélienne dépeint souvent le LEHI comme un mouvement sioniste hyper-réactionnaire, Yellin-Mor appliquait une philosophie politique anticolonialiste constante, tant dans la clandestinité qu'ultérieurement dans la politique et le journalisme. Pendant la guerre d'Algérie, Yellin-Mor a bravé la loi israélienne en prenant parti pour les Algériens, un choix qui témoigne de sa vision révolutionnaire.
Ce parti éphémère a finalement échoué à franchir à nouveau le seuil d'éligibilité et s'est dissous dans l'oubli.
3. Gimla'ey Yisrael LaKnesset (Gil)
Repères rapides
Période : 1996–2013
Record de sièges : 7
Chef de parti : Rafi Eitan
Idéologie : Défense des retraités, libéralisme
L'abréviation de Gimla'ey Yisrael LaKnesset forme le mot hébreu « Gil », qui signifie "l'âge", et c'était précisément le sujet central du parti. Gil était une formation dédiée aux retraités qui évoluait en marge de la scène politique jusqu'à ce que, en 2006, le légendaire ancien chef du Mossad, Rafi Eitan, en prenne la tête. Bien que le CV d'Eitan comprenne la capture d'Adolf Eichmann en Argentine ainsi que d'autres missions périlleuses, Gil ne visait aucunement à renforcer les capacités de renseignement ou la sécurité d'Israël. La seule priorité de cet agent du Mossad à la retraite était le sort des retraités.
Avant l'arrivée d'Eitan, le parti était obscur et très loin d'atteindre le seuil électoral. En 2006, la présence d'une figure aussi célèbre à sa tête, combinée à un important « vote de protestation », a permis à Gil de créer la surprise générale, y compris au sein de sa propre direction, en décrochant sept sièges (soit plus de 185 000 voix) ! Ce parti à thème unique s'est retrouvé catapulté dans un rôle de faiseur de rois. Il a rejoint la coalition gouvernementale et Eitan a été nommé ministre des Personnes âgées. Le parti a toutefois mal vieilli et n'a plus jamais réussi à franchir le seuil d'éligibilité.
4. U’Bizhutan (Par leur mérite)
Repères rapides
Période : 2015–Présent
Record de sièges : 0
Chef de parti : Ruth Colian
Idéologie : Droits des femmes ultra-orthodoxes
La population ultra-orthodoxe (Haredi) d'Israël est souvent dépeinte comme un bloc illibéral et monolithique vendant son vote conformément aux instructions rabbiniques en faveur des partis Haredim, afin d'assurer le financement de leur mode de vie et de leurs yéchivoth. Lors d'un scrutin, Ruth Colian s'est présentée pour rejeter ce paradigme.
Au départ, elle a tenté de poser sa candidature au niveau municipal avec le parti ultra-orthodoxe séfarade Shas, mais elle a été rejetée parce qu'elle était une femme. En 2015, Colian a donc quitté le mouvement pour créer son propre parti. En tant que femme Haredi assumée, Colian a défendu les droits des femmes au sein de son milieu.
U'Bizhutan s'est distingué de ses compères, ainsi que du parti ashkénaze Judaïsme Unifié de la Torah, en présentant une liste incluant des femmes. Tout en remettant en question la vision réductrice de la société ultra-orthodoxe, U'Bizhutan n'a pas réussi à percer sur le plan électoral, n'obtenant que 1 800 voix.
5. Parti des rescapés de la Shoah et de la Feuille Verte
Repères rapides
Période : 2009
Record de sièges : 0
Chef de parti : Ohad Shem Tov
Idéologie : Légalisation du cannabis, écologie politique
Lors du scrutin qui a suivi les résultats surprise de Gil, 34 partis se sont présentés pour tenter de participer à la formation du nouveau gouvernement israélien. L'un d'eux a retenu l'attention internationale en formant une alliance improbable entre deux partis monothématiques apparemment opposés.
L'un était dédié à la défense des intérêts des 250 000 survivants de la Shoah en Israël, tandis que l'autre émanait du parti pro-cannabis israélien (Aleh Yarok), militant pour la légalisation. Cette alliance est née d'un pur calcul politique : la Feuille Verte disposait d'une base jeune et passionnée mais peinait à renvoyer une image de sérieux, tandis que la liste des rescapés de la Shoah bénéficiait d'une immense autorité morale mais manquait d'infrastructures de campagne.
En fusionnant, ils espéraient franchir le seuil de 2 % de l'époque. Dans un clip de campagne, le parti a mis en scène un survivant, Yaakov Kfir, appelant à la légalisation de la drogue. Malgré le succès de Gil en 2006, le scrutin de 2009 s'est avéré beaucoup moins favorable à ces petites formations. Bien qu'ils se soient présentés comme « le choix moral » et aient suscité la curiosité à l'international, ils n'ont récolté que 2 300 voix. Le parti s'est ensuite dissous pour donner naissance au Parti Pirate, plus satirique.
Conclusion
Ces partis peuvent sembler insolites, mais ils révèlent un aspect fondamental de la démocratie israélienne. Le système électoral du pays a longtemps permis à des voix diverses (qu'il s'agisse de militants monothématiques, de mouvements religieux, de personnalités pittoresques ou d'outsiders idéologiques) de concourir pour une place à la Knesset. Bien que la plupart de ces partis aient disparu aussi vite qu'ils sont apparus, chacun reflète un moment particulier de l'histoire d'Israël et des débats sociaux qui ont façonné le pays. Ensemble, ils nous rappellent que la politique israélienne est bien plus diverse, imprévisible et complexe qu'elle n'y paraît au premier abord.
Article rédigé par Shai Reef
Cofondateur d'OROT Israël et guide touristique spécialisée en politique, idéologie et histoire juive israéliennes.
Collaborateur du magazine VISION
Réside dans le nord de la Judée



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