Le drapeau israélien : de bannière sioniste à emblème national
- My Old New Land

- 7 mai 2025
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Dernière mise à jour : 11 juin
Le drapeau israélien est bien plus qu'un emblème national ; il est un pont jeté entre la mémoire ancestrale et la souveraineté moderne. S'il semble aujourd'hui intemporel, sa conception est pourtant le fruit de débats intenses, de visions divergentes et d'une étincelle créative qui a transformé un objet sacré en symbole politique.
Voici comment la bannière d'un mouvement est devenue, en 1948, le drapeau officiel de l'État d'Israël.
La vision de Herzl : sept étoiles d'or
Le voyage commence en 1896. Theodor Herzl, le père du sionisme moderne, sait qu'un mouvement s'apprêtant à fonder une nation a besoin d'un ancrage visuel puissant. Dans son ouvrage fondateur, L'État des Juifs, il formule une proposition précise et hautement symbolique :
« Nous n’avons pas de drapeau, et il nous en faut un. Si nous voulons rallier les foules, nous devons brandir un symbole au-dessus de leurs têtes. Je propose un drapeau blanc, avec sept étoiles dorées. Le blanc symbolise une vie nouvelle et pure ; les étoiles représentent les sept heures dorées de notre journée de travail. Car c’est ainsi que nous entrerons en Terre promise, arborant l’emblème de l’honneur. » (Herzl, chapitre 5)
Le concept de Herzl est alors résolument tourné vers l'avenir, et plus particulièrement vers l'idéal social d'une société moderne et éclairée, rythmée par une journée de travail de sept heures. Cependant, à l'approche du Premier Congrès sioniste de Bâle en 1897, l'identité visuelle du mouvement reste encore à définir.
Le débat de Bâle : trouver les bonnes couleurs
À la veille du congrès, le premier cercle de Herzl se penche sur la manière de décorer la salle. Isidor Schalit, l'assistant de Herzl, imagine d'abord un drapeau aux couleurs laïques et révolutionnaires. Il note dans ses carnets :
(...) "Je me questionnais sur le choix du drapeau. Herzl préférait celui qu’il avait proposé dans L’État juif : sept étoiles dorées sur fond blanc, symbolisant un régime de paix et de travail basé sur une journée de sept heures... Pour ma part, j'avais suggéré celui de l’Association académique sioniste Kadima : bleu, rouge et jaune – le bleu pour l’espoir, le rouge pour le sang versé, le jaune pour la liberté espérée. Finalement, en l’absence de consigne claire, j’ai opté pour un drapeau bleu et blanc, m’inspirant d’une discussion entre Herzl et Wolffsohn, qui jugeait les couleurs du talith tout à fait appropriées."
Schalit opte finalement pour le bleu et le blanc car il se rappelle cette discussion cruciale entre Herzl et David Wolffsohn, une figure éminente du sionisme qui succédera plus tard à Herzl. Wolffsohn avait compris que le mouvement n'avait pas besoin d'inventer une nouvelle palette de couleurs : elle existait déjà.
L'étincelle de Wolffsohn : dérouler le Tallit
Le récit personnel de Wolffsohn décrit le moment exact d'inspiration qui écarta à la fois les idées multicolores de Schalit et les étoiles d'or de Herzl :
“À la demande de notre leader Herzl, je suis venu à Bâle pour préparer le Congrès sioniste. Une des questions importantes qui se posaient était celle du drapeau à hisser dans la salle du congrès. Une idée m’est alors venue : nous avons déjà un drapeau – il est bleu et blanc. Le talith, ce châle de prière que nous portons, est notre symbole. Prenons-le, déroulons-le sous les yeux d’Israël et des nations. J’ai donc commandé un drapeau bleu et blanc avec une étoile de David en son centre. C’est ainsi qu’est né le drapeau national.”**
La création du drapeau est ainsi principalement attribuée à Wolffsohn. En superposant l'étoile de David ancestrale aux bandes bleu et blanc familières du châle de prière, Wolffsohn crée un lien émotionnel immédiat pour les Juifs du monde entier.

Du Congrès Sioniste à la Déclaration d'indépendance

Pendant les cinquante années qui suivirent, le dessin de Wolffsohn servit de bannière universelle au mouvement sioniste. En mai 1948, il est suspendu bien en évidence derrière David Ben-Gourion pendant la lecture de la Déclaration d'indépendance, scellant la naissance de l'État d'Israël.
Mais un nouveau dilemme surgit aussitôt : la bannière d'un mouvement politique devait-elle automatiquement devenir le drapeau d'un État souverain ?
Certains soutiennent qu'un nouveau pays exige un départ à neuf, tandis que d'autres craignent que l'utilisation du drapeau sioniste ne sème la confusion chez les Juifs de la diaspora, citoyens d'autres nations. Pendant six mois, le gouvernement provisoire examine plusieurs alternatives. Finalement, l'ancrage historique profond de la bannière de Bâle l'emporte.
Le 28 octobre 1948, le Conseil d'État provisoire publie le décret officiel dans la Gazette officielle :
« Le Conseil d'État provisoire proclame par la présente que le drapeau de l'État d'Israël sera tel qu'illustré et décrit ci-dessous : Le drapeau mesure 220 cm de long et 160 cm de large. Le fond est blanc et comporte deux bandes d'un bleu ciel foncé, de 25 cm de large, sur toute la longueur du drapeau, à une distance de 15 cm du haut et du bas du drapeau. Au milieu du fond blanc, entre les deux bandes bleues et à égale distance de chaque bande, se trouve une étoile de David, composée de six bandes bleu ciel foncé de 5,5 cm de large, qui forment deux triangles équilatéraux dont les bases sont parallèles aux deux bandes horizontales. » — 25 Tishrei 5709 (28 octobre 1948) – Conseil d’État provisoire, par Joseph Sprinzak, Président du Parlement
L'anatomie du symbole
Le design officiel définitif a magnifiquement codifié des siècles de tradition dans des dimensions étatiques standardisées :
Les bandes bleues : Directement inspirées du tallit (châle de prière).
Les couleurs (blanc et bleu) : Profondément enracinées dans l'histoire juive, elles rappellent les vêtements portés par le Grand Prêtre lors de Yom Kippour à l'époque du Temple antique.
L'étoile de David (Magen David) : Symbole central identifié à l'art, à la culture et à la communauté juive depuis l'Antiquité.
En tissant ces éléments ensemble, le drapeau israélien a réussi ce que Herzl s'était fixé à l'origine : élever un symbole au-dessus des têtes de la multitude, transformant une identité spirituelle séculaire en l'ancrage visuel d'une nation moderne.
Sources :
Britannica. “Flag of Israel.” Britannica. https://www.britannica.com/topic/flag-of-Israel
Knesset. “Herzl Letter / The Jewish State excerpt.” https://knesset.gov.il/vip/herzl/eng/Herz_Letterfr1_eng.html
Israeli Ministry of Foreign Affairs. “The Flag and the Emblem.” https://embassies.gov.il/MFA/AboutIsrael/Israelat50/Pages/The%20Flag%20and%20the%20Emblem.aspx
Jewish Virtual Library. “Israel National Symbols: The Israeli Flag.” https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/History/isflag.html
Jewish Virtual Library. “The Israeli Flag.” https://www.jewishvirtuallibrary.org/the-israeli-flag
World Jewish Congress. “28 October 1948 | Provisional Council of State unveils Israeli flag.” https://www.worldjewishcongress.org/en/videos/jewish-world/28-october-1948--provisional-council-of-state-unveils-israeli-flag
World Jewish Congress. “This Week in Jewish History | Israeli Provisional Council of State unveils Israeli flag.” https://www.worldjewishcongress.org/en/news/this-week-in-jewish-history--israeli-provisional-council-of-state-unveils-israeli-fl



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