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  • Le sionisme travailliste : forger un peuple par le travail et l'idéal collectif

    Le sionisme socialiste : l'idéologie qui a fondé Israël Le sionisme socialiste - également appelé sionisme travailliste - s'impose dès la fin du XIXe siècle comme l'une des forces motrices du mouvement national juif. Il se développe en Europe orientale dans les années 1880-1900, alimenté par trois tensions majeures : la montée de l'antisémitisme sur le continent, les limites de l'émancipation juive dans les États modernes, et la précarité économique des communautés juives d'Europe de l'Est. Reconstruire l'homme juif : l'idéal pionnier du sionisme socialiste Pour ses théoriciens, la question juive dépasse le cadre strictement politique ou religieux. Elle est aussi sociale, économique et morale. Le retour en Eretz Israël ne saurait se réduire à un simple déplacement géographique : il implique une redéfinition profonde de l'identité juive. Cette redéfinition passe par le travail - et plus particulièrement par le rapport à la terre. Cultiver, construire, produire de ses mains : autant de gestes qui marquent une rupture avec des siècles d'exil, de marginalité économique et de dépendance. Le travail n'est pas qu'une nécessité pratique ; il est le socle de la renaissance nationale. Le sionisme socialiste se démarque aussi bien de l'attente messianique que de la tentation assimilationniste. Il trace une troisième voie : la construction volontaire et collective d'une société juive renouvelée, ancrée dans les valeurs de justice sociale et d'égalité. S'il emprunte au socialisme européen ses catégories d'analyse, il s'en sépare sur un point fondamental : l'émancipation des travailleurs juifs ne peut se réaliser qu'au sein d'un État national juif. Entre 1890 et 1910, des intellectuels comme Nachman Syrkin, Ber Borochov et Aharon David Gordon posent les jalons théoriques de ce courant. Chacun par des voies différentes - l'analyse de classe, la philosophie du travail, l'attachement mystique à la terre - ils convergent vers une même conviction : la renaissance juive est une œuvre humaine, délibérée, qui repose sur l'effort collectif et la responsabilité individuelle. Ben Gourion, Katznelson, Golda Meir : les bâtisseurs du sionisme travailliste Le sionisme socialiste a trouvé dans une génération de dirigeants des hommes et des femmes capables de traduire ses idéaux en actes politiques concrets. David Ben Gourion est sans doute la figure la plus emblématique de cette génération. Installé en Terre d'Israël dès 1906, il aborde la question de la souveraineté juive avec une vision pragmatique et exigeante : un État ne se décrète pas, il se construit patiemment, par l'organisation sociale, la production économique et l'engagement civique. La pensée travailliste structure durablement sa conception du pouvoir. Berl Katzenelson, 1934. Image libre de droits. Berl Katznelson occupe une place différente, mais tout aussi centrale. Il défendait une vision pragmatique du sionisme, construite par les travailleurs mais guidée par un objectif national : un foyer juif édifié par le travail, l’immigration, l’acquisition de terres et l’implantation - non par la théorie. Il croyait en une justice sociale sans lutte des classes, privilégiant l’unité à la division, et combinant la construction nationale moderne avec la tradition juive. Tout en reconnaissant les droits des Arabes, il rejetait tout droit de veto sur le renouveau juif, prônant un développement parallèle. Par-dessus tout, Katzenelson insistait pour que le projet sioniste soit moral, collectif et ancré dans l’action. Golda Meir représente quant à elle le lien naturel entre engagement militant et exercice des responsabilités. Arrivée en Palestine en 1921, issue du mouvement ouvrier, elle incarne une certaine idée du service public. Elle défendait une société solidaire, structurée par le travail et les institutions collectives, mais toujours guidée par un objectif supérieur : construire et protéger l’État d’Israël de manière concrète et efficace. Mapai, Histadrout, kibboutz : les institutions nées du sionisme socialiste La particularité du sionisme socialiste tient à sa capacité à se matérialiser en structures durables, bien avant la proclamation de l'État. Dès 1919, Ahdut HaAvoda - « Unité du travailliste » - constitue l'un des premiers partis ouvriers structurés de Palestine. Porté par des pionniers qui refusent de dissocier projet national et transformation sociale, il compte Ben Gourion parmi ses figures majeures. En 1930, sa fusion avec Hapoel Hatzair donne naissance à Mapai, qui fédère l'essentiel de la gauche sioniste pour plusieurs décennies. En 1920, la Histadrout voit le jour. Syndicat en apparence, elle est en réalité une institution totale : employeur, réseau coopératif, caisse de santé, levier économique. Dans une société qui n'a pas encore d'État, elle en remplit déjà une grande partie des fonctions. La Histadrut lors d'une célébration du 1er mai, 1983. Image libre de droits. Une sensibilité plus radicale s'exprime à travers Hashomer Hatzair - "Le Jeune Gardien". Né en Europe centrale en 1913 comme mouvement de jeunesse, il s'enracine en Palestine dans les années 1920, fondant certains des kibboutzim les plus engagés idéologiquement. Marxiste et sioniste à la fois, il défend jusqu'en 1948 une position minoritaire : celle d'un État binational arabo-juif. Après l'indépendance, il crée avec d'autres mouvances de gauche le Mapam, qui s'affirme comme l'aile gauche du paysage politique israélien face à un Mapai de plus en plus dominant. Le kibboutz, dont la première réalisation concrète remonte à la fondation de Degania en 1910, traduit en mode de vie ce que les partis traduisent en programmes. Propriété collective, égalité des membres, refus du salariat : le kibboutz est l'utopie sioniste-socialiste rendue habitable. Dans les années 1950-1960, ces communautés fourniront une part considérable des élites militaires, politiques et intellectuelles d'Israël. Mapai, pour sa part, dirige l'État sans interruption de 1948 à 1977. En 1968, il absorbe plusieurs formations - dont un Ahdut HaAvoda reconstitué - pour former le Parti travailliste (HaAvoda). C'est sous sa bannière qu'Yitzhak Rabin signe les accords d'Oslo en 1993. Affaibli depuis, le Parti travailliste demeure le dépositaire de cette longue tradition. Pourquoi le sionisme socialiste reste une clé pour comprendre Israël Pendant trente ans, le sionisme socialiste a tenu les rênes de l'État et imprimé sa marque sur ses institutions. La Histadrout, les kibboutzim, le Parti travailliste existent toujours -transformés, mais présents. Son héritage le plus durable est peut-être d'ordre culturel : l'idée qu'une société peut se construire par la volonté collective, que le travail est un acte civique autant qu'économique, que la solidarité n'est pas une option mais un fondement. Des valeurs qui continuent d'irriguer les débats sur l'identité et l'avenir d'Israël. D'autres courants ont depuis conquis l'espace politique - le révisionnisme de Jabotinsky, ancêtre du Likoud, le sionisme religieux après 1967, le sionisme libéral. C'est de la confrontation entre ces héritages que se nourrit encore aujourd'hui le débat politique israélien.

  • Yaïr Garbuz

    Yair Garbuz (1945–2026) était un artiste, auteur et humoriste israélien - et l'une des voix culturelles les plus influentes et provocatrices du pays. Yair Garbuz en 2004. Image libre de droits. Depuis ses débuts en 1967, les œuvres de Garbuz ont été exposées dans des dizaines d'expositions (individuelles et collectives) en Israël et à l'étranger. Ses œuvres sont disponibles sur le lien suivant. C'est à la faculté d'art "HaMidrasha", où il a enseigné de 1973 à 2009, qu'il a forgé une partie de son identité intellectuelle et artistique. Dès les années 1970, il travaillait déjà dans de nombreux médias différents, évoquant la politique et l'auto-dérision avec une liberté de ton qui allait devenir sa marque de fabrique. Plus qu'un artiste, il était un intellectuel public acéré dont le travail exposait les tensions et contradictions les plus profondes de la société israélienne - la friction entre les identités séculières et religieuses, le centre et la périphérie, et le poids lourd de la mémoire face à la modernité. Cette même liberté de ton se retrouve dans son livre "Toujours Polonais" ("Tamid Polani" - 1989), un recueil adapté de ses notes humoristiques publiées dans la presse, puisant dans sa vie personnelle pour raconter sa famille polonaise, le kibboutz et les petites absurdités du quotidien. Le succès de l'ouvrage lui ouvre de nouveaux horizons : Garbuz s'accorde une année sabbatique de six mois à Paris, une expérience qui influencera durablement sa trajectoire artistique. De retour en Israël, sa présence dans la vie culturelle et institutionnelle du pays ne se dément pas. En septembre 2009, il prête à la Knesset deux tableaux de son œuvre, exposés dans le bureau du président de la Knesset, Reuven Rivlin - une reconnaissance discrète mais symbolique de sa place dans le paysage culturel national. C'est pourtant en 2015 que Garbuz s'impose définitivement comme une figure de la controverse. Lauréat du Prix Rappaport cette année-là - vidéo de présentation disponible ci-dessous - il prononce cette même année un discours retentissant à la Place Rabin à Tel Aviv. En questionnant comment une minorité d'"embrasseurs d'amulettes et d'adorateurs d'idoles" en était venue à "contrôler la majorité," il déclenche une tempête nationale. Le discours (vidéo Youtube) cristallise le fossé entre la gauche ashkénaze séculière et la droite traditionnelle, majoritairement mizrahi, et de nombreux observateurs considèrent qu'il a influencé l'issue des élections de la vingtième Knesset en 2015. Il devient le symbole d'un décalage culturel profond au sein du pays. Ce discours est connu sour le nom du discours des "baisers aux amulettes". "L'art israélien ne perd pas de temps avec des futilités." Cette phrase, lapidaire, résume peut-être mieux que tout l'état d'esprit de Garbuz. Dans cette vidéo de 2017, on peut voir ses explications sur son exposition au Musée d'Art de Tel Aviv, ainsi que la controverse autour de sa candidature au Prix Israélien, alimentée par son soutien affiché au parti Meretz. Qu'il soit perçu comme un satiriste courageux ou un élitiste condescendant, Garbuz a forcé la société israélienne à confronter des vérités inconfortables. Son œuvre reste un prisme essentiel pour quiconque cherche à lire les couches culturelles et politiques profondes d'Israël — et à aller, enfin, au-delà des clichés. *The Rappaport Award is an award in the name of Ruth and Baruch Rappaport, awarded by "The Bruce and Ruth Rappaport Foundation", giving recognition to Science, arts and female action in Israeli society:

  • Aharon Chelouche

    1840 - 1920. Aharon Chelouche était un Juif séfarade originaire d’Algérie, connu pour ses activités de propriétaire foncier, bijoutier et changeur au sein de la communauté juive de Jaffa. Il est le fondateur de Neve Tzedek, aujourd’hui intégré à Tel Aviv. Portrait of Aharon Chelouche, late 19th century. Source: Wikipedia. Aharon vit le jour à Oran, en Algérie française. Sa famille migra à plusieurs reprises, vivant successivement à Haïfa, Naplouse et Jérusalem, avant de s’établir définitivement à Jaffa, où elle gagna en influence. La famille Chelouche œuvrait également dans le secteur du fer et des carreaux et entretenait d’excellentes relations avec des familles arabes, grâce à sa maîtrise de la langue arabe. Aharon Chelouche aida de nombreux nouveaux immigrants venus de Russie et de Roumanie à s’installer en Terre d’Israël, notamment les Biluim arrivés à Jaffa en 1882. Grâce à son commerce d’or et d’argent, il accumula assez de ressources pour acquérir des terrains au nord-est de Jaffa. Il y fit construire la première maison située hors des remparts de Jaffa, dans un quartier appelé Manshiya. Cette maison fut détruite lors de la guerre d’Indépendance. Plus tard, en 1887, avec l’aide de Shimon Rokah, figure importante du Vieux Yishouv, il joua un rôle déterminant dans la création du quartier de Neve Tzedek dans cette même zone. On lui attribue la fondation du premier quartier juif hors de Jaffa, précédant de plus de vingt ans les fondateurs de Tel Aviv. En 1892, il emménagea dans sa seconde maison à Neve Tzedek, l’une des plus vastes résidences de la fin du XIXe siècle, qu’il agrandit à mesure que la famille s’agrandissait. Une synagogue y fut adossée, toujours en activité aujourd’hui. Aharon attachait une grande importance à l’éducation religieuse. Il fit venir un rabbin de Beyrouth, Shlomo Bahbut, pour enseigner à Jaffa. Père de sept enfants, il s’éteignit en 1920 à l’âge de 79 ans. Il repose au cimetière Trumpeldor à Tel Aviv, sur un terrain acquis par Rokah en 1902. Ses fils, Yosef Eliyahu et Yaakov, jouèrent un rôle essentiel en tant que fondateurs d’Ahuzat Bait (ancien nom de Tel Aviv) en 1909. Yosef Eliyahu, en particulier, laissa une empreinte durable tant à Neve Tzedek qu’à Tel Aviv. Il fut un acteur clé dans la construction de l’École des filles et de l’École de l’Alliance, aujourd’hui le Centre Suzanne Dellal. Avec son frère Avraham Haim, Yosef Eliyahu fonda deux entreprises spécialisées dans la fourniture de matériaux de construction. Leurs activités contribuèrent de manière significative à l’édification des premiers bâtiments d’Ahuzat Bait, puis de Tel Aviv, jusque dans les années 1920. Par ailleurs, son petit-fils Moshe Chelouche occupa brièvement la fonction de troisième maire de Tel Aviv, poste qu’il exerça pendant dix jours. Sources: https://he.wikipedia.org/wiki/אהרן_שלוש https://www.jpost.com/local-israel/tel-aviv-and-center/the-arab-jew-from-algeria

  • Hérout

    Nous vous recommandons de lire l’article consacré à l’Irgoun pour bien comprendre celui-ci. Le mouvement Hérout fut fondé en 1948, succédant à l’organisation de l’Irgoun (aussi appelé Etzel), bras armé du mouvement révisionniste créé par Jabotinsky durant la période du Yishouv. Il s’opposait au Mapai quant à la vision de l’avenir de la Terre d’Israël. À l’occasion de la Déclaration d’Indépendance, le commandant de l’Etzel, Menahem Begin, déclara dans un discours que l'Irgun cesserait ses activités au sein du nouvel État et respecterait son gouvernement. Effectivement, les combattants de l’Etzel furent ensuite intégrés dans la toute jeune Armée de Défense d’Israël, Tsahal. Le 15 juin 1948, un mois aprè la Déclaration d’Indépendance, Menahem Begin créa un nouveau mouvement appelé Hérout (" Liberté"). Ce parti incarna l’aile droite du spectre politique israélien, reposant sur des principes essentiels : L’intégrité du territoire national, Le rassemblement de la diaspora juive, La justice sociale, La primauté du droit, La souveraineté de l’État sur les deux rives du Jourdain. La politique étrangère et la défense occupaient également une place centrale. Le mouvement s’opposa notamment à l’accord d’armistice de 1949 et au retrait du Sinaï en 1956. Sur le plan international, Hérout prônait une orientation pro-occidentale et anti-soviétique, et s’opposait fermement à tout rapprochement avec l’Allemagne. Cette opposition culmina en 1952 lors de violentes manifestations à Jérusalem contre l’accord de réparations signé par Moshe Sharett au nom de l’État d’Israël. Sur le plan socio-économique, Hérout se définissait comme un parti libéral, défendant : Le maintien de l’initiative privée, La liberté individuelle, L’opposition à toute tentative d’introduction du socialisme. Il conjuguait ainsi des principes sociaux comme la liberté syndicale et les droits des travailleurs, avec la défense des intérêts des employeurs et des professions libérales, afin de séduire l’électorat issu de la classe moyenne. Durant les deux premières décennies de l’État, David Ben Gourion considérait Hérout (tout comme le Parti Communiste Israélien) comme un parti avec lequel il était impensable de former une coalition. Dans le but de contester la domination du Mapai, au pouvoir depuis les années 1930, Hérout s’allia en 1965 au Parti Libéral Israélien pour former une entité baptisée Gahal. Gahal: G ush H erut– L ibralim: le Bloc Hérout-Libéraux. Au sein de Gahal, les deux partis conservèrent leur autonomie, fonctionnant comme des factions distinctes à l’intérieur de l’alliance. En 1973, le Likoud vit le jour sous la forme d’une liste commune regroupant plusieurs partis et mouvements. Hérout y fusionna à travers Gahal, tout en demeurant une entité indépendante. En 1977, un gouvernement de droite fut formé sous la direction de Menahem Begin et du Likoud, marquant une alternative historique au Mapai et aux autres partis travaillistes qui dirigeaient les institutions du Yishouv puis de l’État depuis les années 1930. On peut écouter et visionner le discours de Begin après l’annonce officielle des résultats via ce lien YouTube . Il y évoque la vision de Jabotinsky, l’importance de ce moment historique pour le peuple juif et la démocratie, le parcours des combattants de l’Etzel et d’Hérout ayant rendu ce jour possible, ainsi que la perspective d’accords de paix avec la Jordanie et la Syrie. Le 25 août 1988, le parti Hérout et le Parti Libéral Israélien furent finalement réunis au sein d’un seul et même parti, baptisé le Likoud, Mouvement National Libéral. Sources: https://www.idi.org.il/policy/parties-and-elections/parties/herut/ https://he.wikipedia.org/wiki/המפלגה_הליברלית_הישראלית https://he.wikipedia.org/wiki/הליכוד

  • "Hushu, Achim, Hushu" (chanson)

    Traduction: " Hâtez-vous, frères, hâtez-vous ". Pour bien comprendre cet article, nous recommandons de lire au préalable notre article consacré au mouvement Bilu. "Hushu, Achim, Hushu" est le nom donné à l’hymne des Bilu, que vous pouvez écouter dans cette vidéo YouTube (à partir de 01:02). Ce chant a été écrit en 1882/1883 par Yehiel Michel Pines. Il est considéré par beaucoup comme le premier chant sioniste, incarnant l’idéal pionnier sioniste de l’implantation en Terre d’Israël. Pines composa cette chanson en l’honneur des membres du mouvement Bilu, qu’il soutenait et encourageait tant sur le plan idéologique que financier. Le chant devint très populaire dans le Yishouv, entonné lors de nombreuses fêtes et cérémonies, avant comme après la création de l’État. Son refrain est constitué des vers suivants : Le refrain est composé des phrases suivantes : Huchu, Achim, Huchu! חוּשׁוּ, אַחִים, חוּשׁוּ! Nerima Pe'amenu! נָרִימָה פְּעָמֵינוּ! Tushu, Achum, Tuchu! טוּשׂוּ, אַחִים, טוּשׂוּ, (With the word טוּשׂוּ pronounced "Tushu", replacing "Tusu", meaning "Fly") LeEretz Avoteinu לְאֶרֶץ אֲבוֹתֵינוּ! Traduction: Hâtez-vous, frères, hâtez-vous ! En avant ! Envolez-vous, frères, envolez-vous, Vers la terre de nos ancêtres ! La chanson raconte l’aventure de l’implantation en Terre d’Israël, évoquant aussi bien les règles strictes imposées par l’Empire ottoman que la dure réalité sociale (moqueries de la part de la famille et des proches, sentiment de solitude). C’est une sorte de dialogue entre ceux restés dans l’Empire russe et ceux ayant pris le risque de se lancer dans une nouvelle vie, pleine d’épreuves, dans les "montagnes de Judée" (termes employés dans la dernière strophe). La vidéo retrace l’histoire de ce chant de la manière suivante : Pendant Pessah, les Biluim marchèrent jusqu’à Jérusalem pour célébrer chez Pines. Ensemble, avec Pines, ils chantèrent des chansons russes, dont un chant révolutionnaire d’étudiants en Russie. Pines se leva alors de sa chaise et traduisit cette chanson en hébreu. Le même jour, ils arpentèrent les rues de Jérusalem en chantant l’un des tout premiers chants sionistes en hébreu.

  • La vallée de la Houla : le renouveau d’une promesse ancienne

    Entrez avec moi dans la vallée de la Houla - un lieu qui n’est pas seulement une terre fertile, mais un véritable pont vivant entre notre passé préhistorique et un futur résolument tourné vers la haute technologie. Imaginez-vous au sommet de Mitzpe Nimrod, à Rosh Pina, le vent sur le visage, tandis que le paysage se déploie sous vos yeux comme une immense frise de l’histoire humaine. Ici, on croit presque entendre les murmures des géants du Bashan disparus, tout en ressentant déjà le souffle des innovations à venir. Aux origines de l’humanité Bien avant l’apparition des frontières, cette vallée constituait une véritable autoroute de l’humanité - un corridor naturel par lequel nos ancêtres ont migré d’Afrique vers l’Eurasie. À Gesher Benot Ya’aqov, daté d’environ 780 000 ans, les archéologues ont mis au jour certaines des premières preuves de la maîtrise du feu par les hominidés, ainsi que des milliers d’outils en pierre soigneusement façonnés. On peut imaginer ces groupes rassemblés autour des flammes vacillantes, cuisant leur nourriture, se réchauffant, et partageant les premiers gestes de ce qui deviendra la civilisation. Plus tard, au sein du Croissant fertile, la vallée voit naître l’agriculture. Des populations nomades commencent à s’ancrer - au sens propre comme figuré - en fondant des centres urbains anciens tels que Tel Hazor (XXVIIIe–XXIVe siècles av. J.-C.) et Tel Dan (vers le XVIIIe siècle av. J.-C.). Là, l’humanité transforme progressivement la nature sauvage en un espace organisé, durable. Terre d’alliance, de conquête et de géants La vallée de la Houla est profondément inscrite dans l’histoire juive, et son sol est imprégné de récits et de traditions. Au nord s’élève le mont Dov, associé symboliquement à la promesse divine faite à Abraham, bien que le lieu exact de l’Alliance des Morceaux (Brit Bein HaBetarim) reste inconnu. À proximité se trouvent les Eaux de Merom, où Josué mena les Israélites à la victoire contre une coalition cananéenne. Et puis, il y a les géants. Au nord-est s’étend le Bashan - correspondant en partie au plateau du Golan et au sud de la Syrie - autrefois gouverné par Og, roi légendaire des Rephaïm, une peuplade de géants. Selon la tradition, ce géant fut vaincu par Moïse lors de la bataille d’Edrei. Plus à l’est, sur le Golan, se dresse Gilgal Refaim, un impressionnant monument mégalithique datant du Chalcolithique et de l’âge du bronze ancien. Surnommé la « roue des géants », il témoigne silencieusement de la manière dont les récits mythiques s’enracinent dans des lieux bien réels. Avec l’installation des Israélites, la spiritualité prend une dimension plus concrète. Les 613 commandements ne sont pas abstraits : ils sont intimement liés à la terre et à la vie agricole - la shmita (année sabbatique), les lois de kilayim (mélanges agricoles), ou encore des règles pratiques comme la protection des puits ouverts. Ici, loi, foi et quotidien ne font qu’un. Carrefour des empires et des échanges La vallée de la Houla et le corridor du Jourdain nord formaient un axe stratégique reliant la Syrie et la Mésopotamie à la Galilée, à la côte méditerranéenne et à l’Égypte. Si les routes nabatéennes de l’encens et des épices passaient plus au sud, dans le Néguev, cette voie nord restait essentielle grâce à son eau abondante et à ses terres fertiles. Au fil des siècles, armées et caravanes y ont circulé, transportant du vin, de l’huile d’olive, des céréales et d’autres produits agricoles, laissant dans le paysage les traces de ces échanges. Du croissant fertile à la vallée de l’AgTech À l’époque moderne, la vallée ouvre un nouveau chapitre lorsque l’agronome Aaron Aaronsohn (1876–1919) découvre, près de Rosh Pina, l’amidonnier sauvage - une forme de blé ancien qu’il surnomme la « mère du blé », ancêtre du blé domestique. Cette découverte majeure transforme la recherche agronomique mondiale et renforce encore le rôle de la région dans l’histoire de l’innovation agricole. Aujourd’hui, la vallée de la Hula est à nouveau à l’avant-garde - cette fois dans les domaines technologiques et agricoles. La région Haute-Galilée–Houla–Jourdain devient un pôle émergent de l’AgTech et de la FoodTech en Israël. Un hub d’innovation : Autour de Kiryat Shmona, des initiatives comme Margalit Startup City Galil et l’incubateur Fresh Start FoodTech accompagnent des startups spécialisées dans les technologies alimentaires, les protéines alternatives, le climat et les procédés innovants. Un écosystème unique : Agriculteurs, kibboutzim, entrepreneurs et chercheurs collaborent sur l’irrigation intelligente, les cultures résistantes, l’élevage durable et la gestion circulaire de l’eau et des ressources. Recherche et talents : L'université de Tel-Hai, en partenariat avec le centre de Recherche Migdal, développe un pôle en biotechnologie et en sciences alimentaires, formant directement les talents de cet écosystème. Des acteurs nationaux comme Netafim apportent également leur expertise en agriculture de précision. Un corridor stratégique moderne : Comme autrefois, la région reste un axe de circulation majeur, aujourd’hui structuré par des routes, réseaux énergétiques et infrastructures de communication reliant le nord d’Israël à la Méditerranée. À proximité, l’ancienne « route du pétrole » (Kvish HaNaft) du Golan rappelle que ressources et pouvoir ont toujours transité par ces paysages. Imaginez désormais des drones survolant des champs millénaires, des capteurs mesurant l’humidité des sols, et des agriculteurs perpétuant des pratiques héritées de milliers d’années. Ici, passé et futur se rencontrent. La vallée du retour éternel La vallée de la Houla est une archive vivante, où chaque époque laisse son empreinte. Des foyers préhistoriques aux batailles bibliques, des découvertes agronomiques aux incubateurs technologiques, tout coexiste sur cette même terre fertile. Des pas des géants aux traces des innovateurs, la vallée a toujours été un pont - autrefois pour les troupeaux, les caravanes et les armées, aujourd’hui pour les idées, les données et les technologies durables. En devenant une « AgTech Valley », elle poursuit sa promesse ancienne : un carrefour où l'héritage et l'ingéniosité du peuple juif contribuent à façonner la préservation de la Terre (promise). Article écrit par Yehuda Folberg Guide Touristique en Galilée et Israël Infos contact pour des conseils locaux: Instagram & Linkedin

  • Haim Amzlag

    1828 - 1916. Haim Nissim Amzlag fut un homme d’affaires et un leader communautaire juif à l’époque du Yishouv. Haim Amzlag en tant que consul du Portugal. Source : Geni.com Né à Gibraltar dans une famille d’origine marocaine, il émigra en 1834 avec ses proches en Terre d’Israël et s’installa à Jérusalem. Son père, Yosef Amzlag, riche commerçant marocain, avait déjà visité Jaffa en 1816. Ami personnel de Moshe Montefiore, ce dernier résidait chez lui lors de ses séjours en Israël. Durant son enfance, Haim reçut une éducation traditionnelle tout en apprenant plusieurs langues européennes. Dans les années 1850, il s’installa à Jaffa, alors en pleine transformation. Le port de Jaffa devenait une porte d’entrée majeure pour les pèlerins et immigrants juifs, mais aussi un centre d’exportation d’agrumes. La communauté juive locale, majoritairement issue d’Afrique du Nord puis rejointe par des Ashkénazes, connut un essor rapide. Ce développement attira de nombreuses puissances européennes, qui y établirent consulats, églises, écoles et institutions diverses. En 1852, Amzlag entreprit des voyages commerciaux dans tout le bassin oriental de la Méditerranée. Il bénéficia notamment d’un sauf-conduit du consul général de Grande-Bretagne, lui permettant de circuler librement. Progressivement, il s’imposa comme une figure centrale de la communauté juive de Jaffa. Lorsqu’un Juif d’Alexandrie fut attaqué par une foule musulmane pour avoir prétendument blasphémé l’islam, c’est à Amzlag que la communauté fit appel pour obtenir conseil. Il fut également chargé de communiquer avec les autorités ottomanes et les consuls à Jérusalem , ce qui permit d’apaiser rapidement la situation. Haim Amzlag exerçait aussi comme mohel (circonciseur). Selon les archives familiales des Milot, il pratiqua 19 circoncisions, principalement au sein de sa famille. Dans un cas exceptionnel, il circoncit un enfant musulman à la synagogue de Jaffa , en présence de notables musulmans. Cet acte renforça son prestige et celui de la communauté juive. En 1863, sous l’impulsion de Yehuda Margoza , la communauté juive de Jaffa créa son premier comité public, le « Comité de la ville de Jaffa », qui mit en place une antenne de l’organisation "Kol Israel Haverim" (Alliance Israélite Universelle), avec Amzlag comme président. Ce comité fonda notamment une école pour garçons en 1868. En 1876, Haim Amzlag fut nommé vice-consul de Grande-Bretagne à Jaffa. Il participa à de nombreux projets économiques, notamment à l’initiative de la ligne de chemin de fer Jaffa-Jérusalem, et représenta plusieurs entreprises britanniques, dont la compagnie d’assurance Lloyd's of London. En 1884, il fut également nommé consul du Portugal à Jérusalem, poste qu’il transmit plus tard à son parent Yosef « Bey » Navon. En 1905-1906, il se retira de ses fonctions officielles en raison de son âge avancé. Au début de la Première Guerre mondiale, il fut expulsé vers l’Égypte comme d’autres membres du Yishouv possédant la nationalité étrangère. Il mourut à Alexandrie en février 1916. Il laissa derrière lui neuf enfants. Par ailleurs, Haim Amzlag joua un rôle déterminant dans l’achat des terres de Rishon LeZion (au sud de Jaffa). Il mena les négociations avec les Arabes locaux au nom de Zalman David Levontin et de ses associés, qui ignoraient les subtilités juridiques des acquisitions foncières en Terre d’Israël. Pour contourner une loi ottomane interdisant l’établissement de Juifs étrangers, il acheta les terres d’Ayun Kara (au sud de Jaffa) auprès de Mustafa Abdullah Ali Dejan et les enregistra à son propre nom. Levontin et ses amis reçurent ensuite des certificats officieux, rédigés en hébreu. Amzlag contribua également à l'achat de terres à Petah Tikva. Sources: https://he.wikipedia.org/wiki/%D7%97%D7%99%D7%99%D7%9D_%D7%90%D7%9E%D7%96%D7%9C%D7%90%D7%92 https://tlv-streets.yonbergman.com/street/160-hayim-amzalag

  • Dans l’ombre de l’histoire : le rabbin Yehouda Margoza

    Le cimetière juif de Jaffa passe inaperçu pour la plupart des visiteurs, et même pour ses propres habitants. Son fondateur reste, lui aussi, quelque peu "caché" derrière le nom de la célèbre rue "Yehuda Margoza". En réalité, il s'agit de Yehuda Mé Raguza - c’est-à-dire Yehuda de la ville de Raguza, l'actuelle Dubrovnik en Croatie. Pourtant, le rabbin Yehuda Halevi de Raguza (1783-1882) fut un personnage non seulement érudit et charismatique, mais aussi profondément original et inspirant. Rabbin Yehouda Margoza en 1873. Domaine Public. Un tournant pour la communauté de Jaffa Né à Sarajevo, il étudie à Raguza avant de partir à 18 ans pour la Terre d'Israël, où il devient rabbin. Son destin bascule lorsqu’il est nommé rabbin de Jaffa en 1825. Il y découvre alors une petite ville de quelques milliers d’habitants, abritant une minuscule communauté juive dont il va transformer radicalement les habitudes. Il remarque, par exemple, que pour des raisons floues - apparemment liées à une interprétation de la Halakha (la loi juive) - les Juifs de la ville transportent leurs morts jusqu'à Jérusalem pour les enterrer. Le nouveau rabbin démontre alors qu'aucune interdiction religieuse n'empêche la communauté d'avoir son propre lieu de repos. En 1834, il fonde officiellement le cimetière de Jaffa, offrant ainsi à une communauté en pleine croissance une raison supplémentaire de s’enraciner durablement. Un leader polyglotte et visionnaire Véritable pilier de la cité, Yehuda Mé Raguza s'attire le respect de tous - Juifs, Chrétiens et Musulmans - grâce à sa personnalité et sa maîtrise de six langues : l’hébreu, l’arabe, le serbe, le turc, le français et le ladino. Pour sa propre communauté, il accomplit un tour de force : il met en place l'Assemblée de Jaffa, réunissant Séfarades et Ashkénazes. Sous son impulsion, l’école pour garçons de l’Alliance Israélite Universelle (Kol Israel Haverim) ouvre ses portes à Jaffa en 1868. Véritable institution de haut niveau, elle a propulsé toute une génération de jeunes Juifs à Jaffa, avec Haïm Amzalg à sa tête comme premier président. Un homme d’action du Yishuv Entrepreneur pour la ville, il le sera aussi à son compte. Précurseur et adepte du sionisme politique, il s'oppose au système de la Halouka (subventions étrangères pour les populations juives en Terre d'Israël) et décide de prêcher par l'exemple. C'est dans cette optique qu'il achète un terrain pour y planter, de ses propres mains, un verger d'orangers. Si vous traversez aujourd'hui le quartier Montefiore à Tel-Aviv (situé entre les avenues Hashalom et Yitshak Sade), ayez une pensée pour le rabbin Yehuda : c'est précisément là que se trouvait son exploitation avant qu'il ne la vende à Sir Moïse Montefiore. Aujourd'hui, c'est sur sa tombe que vous pouvez rendre hommage à cette figure extraordinaire qui a façonné le visage de la ville. Le cimetière est généralement ouvert au public tous les jeudis matin. Article écrit par Catherine Said Guide touristique certifiée en Israël, après une carrière scientifique. Créatrice du parcours en douze étapes «Histoires insolites de Jaffa» Elle propose une lecture du pays à la croisée de l’histoire, de la société, de l’environnement et des réalités contemporaines. Réseaux sociaux: Instagram & Facebook

  • Découvrir Nabi Moussa : la tombe de Moïse dans le désert

    Au cœur du désert de Judée se trouve un site qui semble aussi intemporel que le sable qui l’entoure. Il s’agit de Nabi Moussa , un lieu considéré par beaucoup comme l’un des sites les plus sacrés de la région. Nabi Moussa et la tombe de Moïse Si beaucoup connaissent l’histoire de Moïse à travers la Bible, dans la tradition musulmane, il est connu sous le nom de Moussa . Selon la croyance musulmane locale, l’ancien complexe aux dômes blancs qui se dresse dans le désert marquerait le lieu de repos final du prophète. Nabi Moussa Dans les traditions juives et chrétiennes, en revanche, l’emplacement de la tombe de Moïse demeure inconnu. Elle est souvent associée à la région du mont Nébo , de l’autre côté de la vallée du Jourdain, dans l’actuelle Jordanie, dans ce qui était historiquement la terre de Moab. Histoire du pèlerinage de Nabi Moussa L’histoire de Nabi Moussa remonte au XIIIᵉ siècle , lorsque le sultan mamelouk Baybars  fit construire le premier sanctuaire sur ce site en 1269 . S’il a institutionnalisé le lieu, celui-ci était probablement déjà associé à la tombe de Moïse auparavant. Le site était depuis longtemps connu comme un repère pour les voyageurs, même si la raison pour laquelle cet endroit précis a été lié à Moïse demeure incertaine. Pendant des siècles, il servit d’étape importante pour les pèlerins voyageant entre Jérusalem et Jéricho, ainsi que le long de la route utilisée pour exporter le sucre produit dans la région de Jéricho. Avec le temps, le site s’est développé pour devenir un vaste complexe comprenant plus de cent pièces , conçu pour accueillir les milliers de fidèles qui se rassemblaient chaque printemps lors du coloré festival du Mawsim Nabi Moussa  - une semaine de prières, de musique et de processions devenue un élément important de l’identité locale. Marqué par des traditions locales, des prières collectives et - en particulier durant la période du Mandat britannique  - des slogans nationalistes, ce festival reflète l’évolution des relations entre foi et mobilisation politique. Au fil du temps, la forme du festival a évolué. La procession traditionnelle qui partait autrefois de Jérusalem n’a plus lieu aujourd’hui. Ce qui subsiste est désormais essentiellement symbolique, avec une participation plus limitée, reflétant les transformations politiques et sociales qui ont marqué la région. Aujourd’hui, les célébrations constituent surtout une expression symbolique de l’attachement durable à honorer le prophète Moïse et à préserver le patrimoine palestinien. Visiter le sanctuaire de Nabi Moussa Visiter Nabi Moussa est une expérience sensorielle. En observant l’architecture du lieu, on peut souvent entendre le son paisible des prières résonner dans les cours de pierre. Le site se caractérise notamment par : Les dômes  : des toits blancs frappants qui marquent les salles sacrées et les quartiers destinés aux visiteurs. L’histoire  : une tradition pluriséculaire rendant hommage à un prophète partagé par plusieurs religions. Le paysage  : l’immensité silencieuse du désert de Judée. Le site est ouvert aux visiteurs et est souvent entretenu avec l’aide des communautés bédouines locales. L’importance de Nabi Moussa aujourd’hui Pour ceux qui ont la chance de s’y rendre, Nabi Moussa offre un moment rare de réflexion et un aperçu des profondes racines religieuses qui façonnent la Terre sainte. Sa localisation permet également de comprendre son importance historique. Situé juste au sud de Jéricho  - l’une des plus anciennes villes continuellement habitées au monde - et le long de la route principale menant à Jérusalem, le site rappelle combien les anciennes routes de pèlerinage et les avant-postes du désert ont longtemps influencé la géographie et l’histoire partagée de la région. Aujourd’hui, Nabi Moussa est également une unité territoriale administrative palestinienne, située dans le gouvernorat de Jéricho, en Cisjordanie. Article écrit par Sasha Zoiref Guide touristique en Israël Contact : TripAdvisor  & Instagram

  • "Désolé pour la question" : une fenêtre sur la société israélienne

    À première vue, Pardon pour la question ressemble à une simple émission de téléréalité. Mais derrière son format décontracté se cache l’un des portraits les plus sincères de la société israélienne jamais diffusés à la télévision. Adaptée du programme australien You Can’t Ask That , la version israélienne ( סליחה על השאלה ) a été diffusée sur la chaîne Kan11 de juillet 2018 à octobre 2024. Chaque épisode, au fil des trois saisons, réunit des membres d’une communauté précise et les invite à répondre à des questions envoyées anonymement par le public - ces questions que l’on pense, que l’on chuchote, ou que l’on n’ose pas formuler à voix haute, par gêne, par tension politique ou par simple malaise social. Chaque épisode dure environ vingt minutes, avec un hébreu accessible même aux débutants. YouTube propose également des sous-titres traduits. Saison 1 Saison 2 Saison 3 Pourquoi cette émission compte La société israélienne est connue pour sa complexité - une mosaïque d’identités, d’histoires, de langues et d’expériences qui ne rentrent jamais vraiment dans les titres de presse ou les clichés. La plupart des gens n’en perçoivent que la surface : les pointes visibles de réalités bien plus vastes et profondes. Pardon pour la Question ouvre une fenêtre sur ces couches moins visibles. Avec empathie, humour et parfois une honnêteté poignante, des participants issus de tous les horizons de la vie israélienne répondent à des questions franches, parfois inconfortables. En partageant leurs réponses, ils offrent au public quelque chose de précieux : de la nuance . L’émission ne cherche pas la provocation ; elle cherche l’écoute . Qui apparaît dans l’émission ? Chaque épisode se concentre sur un groupe et donne la parole à des voix dont on parle souvent… mais que l’on entend rarement. Au fil des années, l’émission a accueilli : Hommes et femmes ultra-orthodoxes Bédouins Arabes - musulmans, chrétiens et druzes Veuves et veufs Survivants de la Shoah et descendants SDF Israéliens Personnes autistes Personnes ayant un post-trauma Personnes en rétablissement d’addictions (alcool, jeux d'argent, etc.) Israéliens ayant quitté la pratique religieuse Olim originaires de l’ex-URSS Personnes sourdes ou malentendantes Et bien d’autres… Certaines questions sont légères. D’autres sont brutes, intimes ou dérangeantes. Mais chaque réponse tisse un nouveau fil dans la tapisserie de l’Israël d'aujourd'hui. Ci-dessous, un épisode mettant en scène des Juifs ayant fait leur Aliyah depuis l’ex-URSS. Un outil pour mieux comprendre Israël Si vous avez quelques bases en hébreu et souhaitez approfondir votre compréhension d’Israël - au-delà des gros titres, au-delà de l’aéroport Ben-Gourion, au-delà des stéréotypes - cette émission constitue une porte d’entrée remarquable. La chaîne YouTube officielle propose des épisodes complets dans une langue claire et accessible, idéale pour les apprenants comme pour les curieux. Elle vous permet de vous asseoir "dans la pièce" aux côtés de communautés que vous n’avez peut-être jamais rencontrées, et d’écouter leurs histoires, leurs défis, leur humour et leur quotidien - dans leurs propres mots. Pourquoi elle a sa place sur My Old New Land À My Old New Land , nous vous aidons à passer de la surface de la culture israélienne à ses paysages plus profonds. Pardon pour la Question agit exactement ainsi : elle part de catégories familières - religieux, Bédouin, immigrant, survivant - pour révéler les histoires humaines, fragiles et complexes qui se cachent derrière. C’est une invitation à regarder autrement, à écouter autrement, et à élargir votre compréhension de ce qu’est vraiment Israël.

  • Un cœur qui relie : Jérusalem, Acheinu et la promesse d’une fraternité judéo-musulmane

    par Rav Dr. Yakov Nagen Jérusalem, un seul mot : connexion. Ses pierres s’élèvent vers le ciel. Les pèlerins se tendent la main. Les prières, dans une multitude de langues, montent vers Celui qui les entend toutes. En ces temps de douleur et de peur, la ville murmure encore l’invitation qu’elle répète depuis des générations : Approche-toi. D’abord de Dieu. Puis des autres. Au-delà du dialogu e : une œuvre d’âme. À Jérusalem, le dialogue interreligieux dépasse toute stratégie de communication. C’est une œuvre d’âme, profonde et exigeante. Ici, chaque geste, si discret soit-il, porte le poids de l’histoire. Quand un rabbin et un imam partagent un texte, ce ne sont jamais seulement deux hommes autour d’une table. Quand un prêtre accueille un cercle d’étude, ce n’est pas un simple acte d’hospitalité. Chaque rencontre résonne des mémoires d’amour et de rivalité, de douleur et d’espérance. Cette résonance peut submerger - ou bien approfondir. Ce qui transforme l’expérience, c’est la kavanah , l’intention. Lorsque nous entrons dans la rencontre avec la volonté de reconnaître en l’autre l’image de Dieu, les échos deviennent une chambre où la sainteté se rassemble. Acheinu, encore et toujours Dans les moments de crise, nous, Juifs , récitons Acheinu kol beit Israël (" Nos frères, toute la Maison d'Israël ") : nous rassemblons notre peuple sous l’abri de la prière et implorons la miséricorde. Je ne peux pas mettre cela de côté. Acheinu est le cri de la famille. Pourtant, cette année, j’ai senti ce mot s’élargir - non pour diluer notre identité, mais parce que l’alliance nous tire vers l’extérieur . Lorsque des voisins musulmans , chrétiens ou druzes souffrent avec nous et sauvent avec nous, lorsque leurs joies et leurs peines se mêlent aux nôtres, le langage familial s’étend de lui-même. Il devient promesse plutôt que frontière. Il y a deux ans, deux cousins de la ville bédouine de Rahat nous ont rappelé le prix de cette promesse. Tous deux s’appelaient Youssef. L’un a foncé vers le massacre de Nova pour sauver des vies ; l’autre a été enlevé avec ses enfants. Youssef et son fils adolescent ont été assassinés. Une seule famille. Deux destins. Une même histoire, traversée d’ombres insoutenables et de courage éclatant. Quand je pense à la fraternité, je vois leurs noms. Acheinu peut aussi porter cela : la prière ne se rétrécit pas quand la compassion s’élargit. La sainteté de Jérusalem, c’est la connexion Le prophète Isaïe (56:7) nous a déjà tracé la carte : "Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples." Ces mots ne sont pas un slogan, mais une mission. À Jérusalem, la sainteté consiste à rassembler la sainteté. Quand nous nous accueillons mutuellement dans nos sanctuaires avec respect, quand nous étudions la Torah à côté du Coran et de l’Évangile, quand nous nous tenons ensemble dans les lieux de douleur et repartons le cœur plus doux, la ville respire plus librement. Nous ne supprimons pas la différence : nous apprenons à la porter sans peur. La fête de Souccot me rappelle toujours l’architecture intérieure de ce travail. Sous un toit fragile, nous réunissons les différentes parts de l’être: l’âme intime en quête de Dieu, le peuple qui nous donne mémoire et mission, et la grande famille humaine qui appelle à la reconnaissance et au soin. La joie naît quand ces voix s’accordent - et cette même harmonie guide la vie interreligieuse. Si je viens seulement en universaliste, j’ai perdu la mélodie; si je viens seulement en être tribal, je l’ai perdue aussi. Jérusalem invite à une voix plus entière. Ce qu’est le véritable dialogue Le vrai dialogue repose sur une écoute d’alliance : il commence avec des textes et des visages. Apporte tes sources. Apporte ton histoire. Assieds-toi auprès des miennes. Reste à travers les paragraphes et les souvenirs difficiles. Le but n’est pas d’être brillant, mais digne de confiance. La confiance naît là où nous refusons de caricaturer l’autre et où nous laissons notre propre tradition s’exprimer dans sa force et sa bonté. J’ai vu cette confiance se tisser autour de tables où rabbins, imams et prêtres suivent la voie de la havruta :nous argumentons avec soin, nous ralentissons mutuellement, nous poussons, puis nous faisons pause. Je l’ai vue aussi dans des rencontres à Rahat, à Nazareth, dans la Vieille Ville ou à Yad Vashem. La présence est une discipline, la révérence aussi. Elles s’apprennent dans la pratique - et, lorsqu’elles s’apprennent ensemble, la théologie devient une main tendue plutôt qu’un poing fermé. Trouver la force pour continuer Ce travail est exigeant. Le traumatisme est réel, la méfiance souvent tenace. Les vents politiques nous poussent parfois dans des coins où la conversation semble impossible. Ces jours-là, je reviens à des pratiques simples et sûres :étudier ensemble, respirer trois fois en silence avant de parler, se rendre visite dans la joie comme dans le deuil, rassembler les jeunes pour créer et servir. Ce ne sont pas de petites choses : c’est l’échafaudage d’un avenir commun. Étudier ensemble. Respirer trois fois avant de parler. Se visiter dans la joie et la peine. Reconnaissance. Relation. Responsabilité. Voilà l’échelle. Enseignons des textes qui autorisent le respect et la coopération. Multiplions les cercles réguliers de rabbins, d’éducateurs et de prêtres qui continuent à se rencontrer même quand les manchettes hurlent. Relions l’étude à l’action, pour qu’une page lue le mardi devienne un repas livré le vendredi ou une visite rendue le dimanche. Bâtissons des réseaux durables, au-delà d’une année ou d’une génération. Racontons les histoires avec honnêteté y compris celles qui font mal. La ville nous donnera la force. L’alliance de fraternité nous donnera la direction. Les voisins qui nous rejoignent nous donneront le courage. Jérusalem restera synonyme de connexion aussi longtemps que nous franchirons ses portes avec des âmes ouvertes et des mains prêtes à agir. Que la maison s’élargisse assez pour accueillir les prières de tous, et reste assez solide pour nous porter quand nous chancelerons. Puissions-nous élargir Acheinu avec sagesse. Souvenons-nous : la famille n’est pas seulement le sang. La famille, c’est l’alliance. Article rédigé par Rav Dr. Yakov Nagen Directeur du Ohr Torah Interfaith Center et du Blickle Institute  ( site ) Réseaux sociaux: Instagram  / Facebook  / Linkedin

  • Routes de pierre, puits de mémoire: les Nabatéens et l’histoire du Sud d’Israël

    À la première lumière du jour, le Néguev paraît vide : une peau ondoyante de calcaire et de lœss, seulement ponctuée par les silhouettes d’acacias et les éclats noirs du silex. Pourtant, lorsque l’on suit ses lignes à la marche, le désert commence à parler. On découvre des murets de terrasses épousant les pentes des oueds, des citernes enduites dissimulées sous des dalles, des ornières effacées convergeant vers des relais en ruine. Ce sont les empreintes des Nabatéens, maîtres caravaniers arabes qui ont façonné un empire à partir de l’eau et du vent. Ils n’évoluaient pas sur une page blanche de dunes. Les paysages qu’ils ont modelés correspondent aux confins mêmes que la Bible identifie comme le sud d’Israël : le Néguev , l’Arava, Édom/Séïr et les routes qui les relient à Gaza et Damas. L’histoire qui en découle n’est pas celle d’un peuple en remplaçant un autre, mais celle d’une longue coexistence - des voisins qui commercent, se combattent, s’allient par mariage et réemploient mutuellement leurs infrastructures pendant des siècles. 1) Le Sud Biblique: une scène déja établie Bien avant que les géographes grecs ou romains ne tracent la route de l’encens, et bien avant que le terme "Nabatéen" n’apparaisse dans les sources, les textes hébraïques décrivent déjà le territoire que ce peuple dominera plus tard. Les récits patriarcaux situent la vie pastorale au bord du Néguev et font de Beersheva un symbole du Sud ("de Dan à Beersheva" : Juges 20:1 ; 1 Sam. 3:20). Nombres 20 et Deutéronome 2 placent la diplomatie entre Israël et Édom sur la Route Royale, déjà colonne vertébrale caravanière du nord au sud. Dans le même esprit, Genèse 37:25 évoque presque au passage une caravane de chameaux transportant gomme, baume et ladanum - précisément les aromates que, des siècles plus tard, les collecteurs nabatéens consigneront dans leurs registres. Isaïe 60:6 transforme même ce commerce en vision poétique : " Tu seras couverte d'une foule de chameaux, de dromadaires (...); ils porteront de l'or et de l'encens" . L’Écriture ne nomme pas les Nabatéens - leur empire n’existait pas encore - mais elle dessine déjà le théâtre écologique qu’ils maîtriseront par la suite. Cette continuité est essentielle. Lorsque les Nabatéens entrent dans l’histoire écrite après Alexandre le Grand, ils pénètrent un monde que des communautés israélites puis juives habitent déjà économiquement, rituellement et émotionnellement. Il devient alors fondamental de comprendre à quel point les racines judéo-nabatéennes sont profondes. 2) Un peuple d'eau et de rencontres Petra. Les auteurs classiques décrivent les Nabatéens comme des Arabes connaissant parfaitement le désert et maîtrisant ce que celui-ci rend rare : le stockage, la sécurité et la sécurité des passages. Leur génie est hydraulique. Ils aménagent des surfaces de collecte, érigent des digues pour canaliser les crues, bordent des terrasses pour ralentir les ruissellements et taillent des citernes dans le roc - des techniques toujours visibles à Avdat (Oboda), Shivta (Sobota), Mamshit (Mampsis) et Haluza (Elusa). Ces postes constituent les perles d’un itinéraire reliant Pétra au Néguev puis à Gaza, avec des embranchements vers Hébron–Jérusalem et vers le golfe d’Aqaba (face à Eilat). Leur deuxième génie est politique : ils négocient avec les Séleucides (Grecs), les Hasmonéens et Rome, troquant autonomie contre reconnaissance, taxes contre tranquillité. Au IIᵉ siècle av. JC., la révolte judéenne contre les Séleucides occasionne les premiers contacts directs, consignés dans les Livres des Maccabées. Dans 1 Maccabées 5:24-27, il est raconté que les envoyés de Juda Maccabée rencontrent les Nabatéens à l’est du Jourdain. La scène est brève mais révélatrice : les Nabatéens "les accueillent pacifiquement" , échangent des nouvelles de communautés juives et agissent en courtiers plutôt qu’en pillards. La première interaction canonique entre les deux peuples est donc coopérative. Chacun reconnaît le rôle de l’autre : les Judéens comme acteurs des hautes terres, les Nabatéens comme gardiens des routes désertiques. La coopération n’exclut pas les tensions, mais fixe la base à partir de laquelle la politique peut osciller. 3) Des frontières qui rassemblent : les Hasmonéens, les Obodas et Gaza À mesure que la Judée hasmonéenne consolide son territoire, elle avance vers le sud pour contrôler douanes et ports. Alexandre Jannée s’empare de Gaza, maîtrisant brièvement l’extrémité méditerranéenne de la route de l’encens. Le roi nabatéen Obodas Iᵉʳ l’affronte et le repousse, autrement dit, un signe que Nabataea et Judée rivalisent désormais pour les mêmes flux logistiques. Dans le Néguev, les relais nabatéens se transforment en villages agricoles. Les champs bordés de pierre captent les crues saisonnières ; des pressoirs et des colombiers parsèment les pentes. Quand les caravanes déclinent, ces systèmes hydrauliques permettent à des populations mixtes de subsister. Parallèlement, sous Jean Hyrcan (un Hasmonéen), la frontière sud de la Judée absorbe et intègre l'Idumée (Édom), l'ancien voisin biblique aux portes d'Israël. Au fil des décennies, cette annexion unit ces "voisins" bibliques en un seul tissu politique. La frontière entre les entités politiques se resserre au gré des caravanes, des patrouilles militaires et de l'apprentissage de la vie commune de part et d'autre d'une ligne tracée plus nettement sur les cartes que sur le terrain. Il ne s'agit pas d'un désert immaculé, mais d'un paysage ancien où des populations mixtes – nabatéennes, juives, samaritaines, puis chrétiennes et arabes – ont pu coexister malgré les fluctuations du commerce à longue distance. 4) Le tournant hérodien : une parenté de part et d’autre Aucune biographie n’illustre mieux cette jonction que celle d’Hérode le Grand. Flavius Josèphe rapporte (dans " Antiquités judaïques" ) que sa mère, Cypros, appartenait à la noblesse nabatéenne , et les mariages familiaux tissent des liens serrés entre la Judée et Pétra. Hérode Antipas épouse ainsi Phasaélis, fille du roi Arétas IV, avant de la répudier pour Hérodiade - un choix dynastique qui contribue à une crise frontalière. Dans un bref passage du Nouveau Testament (2 Corinthiens 11:32), Paul s’échappe de Damas alors qu’un ethnarque d’Arétas (roi nabathéen) tente de le capturer - preuve que l’influence nabatéenne recoupe celle de la Syrie romaine et de la Judée. Cette "frontière" est donc une couture humaine faite d’alliances, de fiscalité, de déplacements et d’une vie quotidienne bilingue. 5) Rome annexe, et le désert continue sa mouvance Église de Mamshit (photo libre de droits) En 106 de notre ère, l’empereur Trajan annexe le royaume nabatéen sous le nom d’Arabie Pétrée et fait tracer la Via Traiana Nova le long de l’ancien axe caravanière reliant Aila (Aqaba) à Bostra (Syrie). Le sceau impérial change ; la géographie reste. La cour de Pétra décline, mais les stations du Néguev demeurent actives pendant des siècles. Sous Rome tardive et Byzance, Avdat se dote d’une basilique ; Shivta possède trois églises entourées de fermes ; Mamshit révèle de grandes demeures et des écuries ; Haluza conserve son rôle de marque viticole d’exportation. Les mêmes installations hydrauliques soutiennent cette seconde vie. Au nord du désert, des communautés juives gravent des inscriptions et mosaïques dans les synagogues de Susya, Maon et Eshtemoa, attestant une présence juive durable aux marges du désert, tandis que les anciens villages nabatéens se prolongent dans un cadre chrétien. Si seul le commerce avait compté, ces lieux auraient disparu avec les taxes caravanières. Il n’en fut rien: l’eau, le savoir-faire agricole et la continuité des communautés les ont maintenus. 6) Identités et continuités : “Israélite” et “Juif” dans un Sud partagé Comme les débats butent souvent sur les termes, une précision s’impose. "Israélite" désigne les populations et royaumes de l’époque biblique (Premier Temple et début du Second Temple). "Juif" désigne la communauté historiquement continue ancrée en Juda et Jérusalem, qui traverse l’époque du Second Temple, l’ère rabbinique, médiévale et moderne. Les populations se recoupent en héritage et en géographie sacrée ; les mots reflètent des contextes différents. Cette continuité est fondamentale dans le Sud. L’ascension nabatéenne n’a jamais annulé l’indigénéité juive. Lorsque la Bible décrit Édom et le Néguev, elle parle de ce même monde méridional où les Juifs cultiveront des vignobles, rédigeront des actes juridiques et orneront des synagogues. La Bible décrit un voisinage géopolitique où la vie juive, tantôt souveraine, tantôt minoritaire, persiste avec une ténacité remarquable. 7) Pourquoi cette histoire a son importance Site de Haluza L’histoire nabatéenne est inscrite dans notre paysage contemporain. Leurs terrasses, digues et relais sont aujourd’hui préservés dans des parcs archéologiques comme Avdat, Shivta, Mamshit et Haluza, où Israël a choisi de mettre en valeur plutôt que d’effacer le passé. En parcourant ces lieux, on comprend comment l’ingénierie nabatéenne a soutenu la vie rurale juive, byzantine puis arabe, faisant du Néguev un exemple vivant sur la continuité plutôt que sur le remplacement. Les initiatives éducatives et touristiques présentent de plus en plus ces sites comme un patrimoine régional partagé, reliant les histoires israéliennes, jordaniennes et arabes. Les voyages scolaires, les guides de randonnée et les centres d’interprétation évoquent aujourd’hui les routes de l’encens reliant l’Arabie à Pétra puis au Néguev et à la Méditerranée, ainsi que les peuples - Nabatéens, Israélites/Juifs, Chrétiens et Arabes - qui ont laissé leurs traces sur ces chemins. De l’autre côté de la frontière, le statut de Pétra au patrimoine mondial de l’UNESCO manifeste l’importance centrale de la civilisation nabatéenne dans l’histoire du Moyen-Orient. Préserver les vestiges nabatéens en Israël revient ainsi non seulement à honorer un royaume ancien, mais aussi à reconnaître la trame profondément entremêlée reliant Israël, la Jordanie et l’Arabie - et à situer la présence juive durable dans le Néguev dans cet héritage désertique partagé. 8) Marcher aujourd’hui sur ces traces Randonner à Avdat à l’aube, c’est enjamber un pressoir nabatéen. Traverser les ruelles en ruine de Shivta, c’est voir des hirondelles tracer des arcs rapides au-dessus d’une abside byzantine ; au-delà du village, les terrasses antiques strient les collines comme des cicatrices anciennes. Remonter jusqu’à la synagogue de Susya, c’est se pencher sur une mosaïque dont les lettres hébraïques brillent comme des braises, puis regarder de nouveau vers le sud. Tout ce qui se déploie sous vos yeux appartient à un même bassin de vent et de gravité. Les peuples du désert sont venus et repartis, mais les routes et puits ont cousu leurs histoires ensemble. C’est la leçon que le Néguev continue d’offrir : les Nabatéens furent des voisins puissants dans le monde méridional d’Israël. Israël et les Juifs étaient là avant eux, à leurs côtés durant leur apogée, et après eux sous Rome et Byzance. Dans une terre de caravanes, l’ascension d’un peuple efface rarement les racines d’un autre : elle révèle la toile des connexions vécues qui rendent les deux possibles. Article écrit par Jordan Kastrinsky ( @jnkast ) Managing Partner -   Global Upscale Specialist du monde arabe - Arab Anthropology

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